le 11/12/2017 à 07:25

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Agrandissement de troupeau Victorien Postel, éleveur : « On s'agrandit en limitant les investissements »

Victorien Postel, jeune agriculteur récemment installé sur l’exploitation de ses parents à Songeons dans l’Oise (60), vient de doubler sa référence laitière. Mais passer de 500 000 à 1 000 000 de litres de lait ne se fait pas sans rien. Et comment limiter les investissements dans une filière qui avance au ralenti ? En ne se basant que sur le court terme, d’après l’éleveur.

Travaillant depuis cinq ans sur l’exploitation familiale dans l’Oise (60), Victorien Postel a rejoint ses deux parents en tant qu’associé du Gaec de Limermont en 2017. L’exploitation est composée de 150 ha, près d’un million de litres de lait et 100 000 volailles de chair. 3,5 UTH travaillent sur la ferme (Victorien, ses parents, et un stagiaire). Pour son installation, le jeune agriculteur a entrepris de reprendre 500 000 litres supplémentaires qui s'ajoutent aux 500 000 litres historiquement produits (100 000 litres rachetés en 2016 puis 300 000 en 2017 et 100 000 litres encore en attente d'être octroyés par la laiterie (Danone) pour son installation en tant que JA). Actuellement, 80 vaches laitières sont traites deux fois par jour dans la salle de traite 2x8 postes en épi. L’éleveur a fait le choix d’augmenter sa production afin de saturer son outil. Pour ce faire, il a acheté deux lots de 20 génisses à des exploitants voisins. 40 génisses se préparent à vêler cet hiver en plus des 30 du troupeau initial.

« On limite les investissements en faisant un maximum nous-mêmes »

Pour mettre ce nombre d’animaux grandissant à l’abri, les exploitants ont décidé de louer un hangar supplémentaire à 2 km du corps de ferme. La stabulation qui était historiquement séparée en deux pour accueillir les vaches et les génisses devient totalement consacrée aux vaches en production avec 120 places en logettes. Les jeunes animaux (à inséminer ou gestants) seront donc sur un autre site. Les associés ont fait le choix de réduire au strict minimum les investissements nécessaires à cet agrandissement. Victorien confie : « On ne travaille qu’en court terme dans le lait et il vaut mieux éviter d’avoir à construire du neuf vu le prix du lait actuel ». Il a donc été convenu de ne pas trop modifier le bâtiment existant.

Seules les logettes vieillissantes sont remplacées au fur et à mesure par des plus récentes mais achetées d’occasion afin de limiter le coût. Pour la salle de traite, elle aussi vieillissante, l’éleveur explique vouloir remettre en état les postes désuets (réparation du décrochage automatique) et d’en ajouter deux supplémentaires afin de passer en 2x10. Seul un tank neuf et plus grand a été acheté. « Nous avons une optique d’investissements limitée et je pense que ça doit être dur aujourd’hui pour les personnes qui ont beaucoup investi dans le lait. » Cependant, l'éleveur avoue que son choix de réduire les charges de structure reste contraignant : « Ça passe au détriment du temps et de la qualité de travail ».

Le projet d’agrandissement intègre pourtant l’embauche d’un salarié consacré à la traite. L’objectif est de permettre à Victorien de reporter son travail sur l’alimentation, le paillage et les soins aux animaux ainsi que de soulager sa mère qui participait jusqu’alors encore à la traite. Concernant l’assolement, l’exploitation dispose de 35 ha de pâtures et seule la surface en maïs augmente (elle passe de 40 à 50 ha) au détriment des cultures de vente. Mais pour l’éleveur, cela ne signifie pas une perte économique : « Il faudra que la valeur ajoutée provienne de la production de lait supplémentaire », explique-t-il.

Plus de rigueur mais pas encore assez

Les génisses ont été achetées à des voisins qui cessaient l’activité. Pour gérer tous ces animaux, l’éleveur ne compte pas s’équiper d’outils comme les détecteurs de chaleur en raison de leur coût mais aussi pour s'obliger à observer régulièrement le troupeau. Le père de Victorien s’occupe seul des inséminations artificielles et dédie une période de l'année déterminée (entre novembre et mars) aux inséminations des animaux. Les génisses et les bonnes vaches laitières sont inséminées avec des paillettes sexées. Un taureau est ensuite introduit afin de rattraper les vaches et génisses qui n’auraient pas pris durant la période d’IA.

L’éleveur estime que pour « 10 ou 100 vaches, la rigueur sanitaire doit être la même » et ne s’inquiète pas des risques liés à l’agrandissement du cheptel. De plus, les génisses de l’extérieur ont été progressivement introduites durant la saison de pâturage, ce qui a limité le développement et la contagion des pathologies. Il regrette cependant le manque de précision dans la conduite des bovins en général. En effet, l’exploitation possède trois poulaillers d’une capacité totale de 100 000 volailles de chair (poulets et dindes) et la comparaison est flagrante : les volailles sont conduites au dixième de degré près. L’élevage de ces animaux se fait de façon précise et sous contrôle total : la température, l’hygrométrie, la quantité exacte d’aliment et d’eau, la ventilation, le taux de CO2, le GMQ des animaux... Les résultats techniques sont calculés tous les jours. En comparaison, Victorien s’étonne de ne pas pouvoir être plus méticuleux sur ses vaches laitières : « Le décalage est immense et je suis persuadé qu’en étant aussi précis en bovins qu’en volailles, notre productivité serait nettement meilleure ! ».

TNC