le 16/12/2017 à 08:25

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Températures élevées à la Réunion Quasi-pénurie de letchis réunionnais pour la fin de l'année

Les letchis de La Réunion seront rares sur les tables pour les fêtes de fin d'année : la faute à des conditions météorologiques inhabituelles pour la saison dans le département d'outre-mer, qui ont drastiquement fait chuter la production.

En 2016, la filière du letchi Réunionnais avait réalisé un chiffre d'affaires d'environ 5 millions d'euros pour 10.000 tonnes de fruits récoltés. Cette année, les producteurs voient leur chiffre d'affaires divisé par deux.

Une récolte désastreuse comme celle-ci, ils affirment en avoir rarement connue. « Je n'ai jamais vu aussi peu de letchis, cela veut dire moins d'argent que l'an dernier et moins de main d'œuvre », déplore un exploitant agricole du sud.

Une baisse de 85 % et un total de ventes de 1,5 million d'euros étaient envisagés dès la mi-novembre par les professionnels de la filière. Début décembre, la prévision se vérifie : mercredi matin, sur un marché forain de l'ouest de l'île, à peine 10 à 15 kg de letchis s'étalent sur les stands. Le kilo, lui, coûte entre 5 et 7 euros. Habituellement à cette période de l'année, le prix est d'un euro.

La cause de cette chute de production du petit fruit rouge sucré ? Les arbres n'ont pas été suffisamment « stressés », en raison des températures élevées pour la saison. « Quand l'hiver arrive, l'arbre se "stresse" pour pouvoir mettre en place ses mécanismes de floraison dans le but de se reproduire, en faisant des fruits. Là, les conditions étaient bonnes, les arbres n'ont pas enclenché leur mécanisme », explique Eric Lucas, technicien au sein de la Chambre d'agriculture du département.

"Pas un vrai réveillon"

L'année dernière, le bon chiffre d'affaires avait permis un bon positionnement à l'export pour le letchi, nom spécifique à la Réunion, malgré la concurrence des litchis malgaches. Un millier de tonnes de fruits avaient été exportées en 2016 contre une dizaine de tonnes seulement cette saison.

« Nous avons mis plusieurs années à être présents sur le marché métropolitain. Cette année, nous allons le perdre au vu de la baisse de la production. Il nous faudra au moins deux ans pour récupérer ces parts de marché », déplore Eric Lucas.

Plusieurs des producteurs réunionnais, menacés de faillite, réclament même la reconnaissance de l'état de catastrophe naturelle. Le Conseil départemental de l'île a décidé d'ouvrir une instruction en matière de calamité agricole. Dans le même temps, une aide exceptionnelle à l'entretien des vergers, à hauteur de 2.000 euros par hectare - dans la limite d'aide globale de 1,4 million d'euro -, a été annoncée.

Autres victimes de cette quasi-pénurie : les consommateurs réunionnais. Le letchi est en effet l'un des symboles des festivités de Noël et vivre un réveillon sans le petit fruit juteux à la peau rugueuse « n'est pas un vrai réveillon », soupirent beaucoup de Réunionnais. Pour ajouter à leur morosité, pour les mêmes raisons que les letchis, les mangues se font rares. Si 3.000 tonnes ont été produites en 2016, la récolte 2017 ne devrait pas dépasser 1.200 tonnes, annonce la Chambre d'agriculture.

AFP