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le 17/12/2017 à 10:25

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Crèmes glacées Le petit pot Häagen-Dazs, de la campagne du Pas-de-Calais au congélateur coréen

Il avait hésité à partir en Chine. Il aura finalement choisi de rester dans le nord de la France et d'investir : installé depuis 25 ans dans le Pas-de-Calais, l'Américain Häagen-Dazs s'appuie sur une production locale pour exporter ses crèmes glacées partout dans le monde.

Sur une quinzaine de lignes de production de son unique usine européenne, des milliers de pots estampillés « made in France » saveur vanille, cookies et même thé vert ou haricots rouges défilent, inlassablement. Ils finiront dans les congélateurs chinois, anglais, coréens, ou taïwanais. Soit au total 89 pays d'exportation, exceptés l'Amérique du Nord et le Japon, qui possèdent leur propre usine.

« Notre premier marché reste la France. Mais 80 % de la production part pour le reste du monde, à 60 % en Europe et 40 % pour l'Asie, l'Amérique du Sud, l'Australie », détaille François-Xavier Bréhon, directeur du site près d'Arras, où blouse, charlotte, masque et bottes en caoutchouc sont obligatoires pour accéder au labyrinthe de tubes réfrigérés et automatisés. En bout de chaîne, finit par apparaître la crème glacée industrielle, injectée par des robots.

345 salariés, aucun syndicat

Le groupe américain General Mills, qui possède 100 marques dont Yoplait, Géant Vert ou Old el Paso pour un chiffre d'affaires en 2017 de 15,6 milliards de dollars, ouvre en 1992 son usine Häagen-Dazs sur la petite commune de Tilloy-lès-Mofflaines, près d'Arras. Un investissement de 400 millions de francs, avec 86 personnes. « Il y avait de la concurrence » face aux candidats belge, britannique et irlandais, se souvient à 93 ans Charles Gheerbrant, alors président de la Chambre de commerce et de l'industrie locale.

L'usine, qui tourne 24h/24 avec 345 salariés permanents et 220 saisonniers, sans aucun syndicat, produit désormais 650 pots et bâtonnets par minute, à partir d'œuf, de sucre de betteraves et de lait des Hauts-de-France. Les fraises arrivent de Pologne, la vanille de Madagascar, les noix de macadamia de Hawaï.

« La qualité de l'agriculture française est l'une des raisons principales pour lesquelles on est implantés ici, plus une situation géographique au cœur de l'Europe qui nous permet de rayonner », depuis les ports de Dunkerque, Anvers et Rotterdam, explique Nicolas De La Giroday, directeur général de General Mills pour l'Europe du Sud. « On est bien en France et on va continuer à grossir ».

En 2014 pourtant, l'entreprise envisage d'ouvrir une usine en Chine. « La question s'est sérieusement posée parce que l'Asie représente 30 % de nos volumes », explique François-Xavier Bréhon. Finalement, « la décision a été de renforcer ici. C'était plus simple d'étendre les lignes de production. » Trente millions d'euros, dont 1,6 million de subventions, sont alors investis.

« On a financé des petites choses. Ce qu'on a fait était dérisoire, mais symbolique et déterminant dans la vision que les Américains ont du territoire », estime Philippe Rapeneau, président de la communauté urbaine d'Arras, qui se félicite des retombées économiques et fiscales.

Chiffre d'affaires secret

La marque créée en 1961 aux Etats-Unis, qui possède une cinquantaine de boutiques franchisées en France et se garde bien de dévoiler son chiffre d'affaires, va sortir 15 millions de dollars en 2018 pour augmenter de 15 % la production. « Cette entreprise prospère génère des emplois induits chez les agriculteurs, les producteurs », souligne le maire de la commune Didier Michel.

Environ 450 fermes de la région vendent leur lait à la coopérative Prospérité Fermière, unique fournisseur d'Häagen-Dazs, 320 euros les 1 000 litres. Pas assez, selon l'association départementale des producteurs de lait, venus avec leurs tracteurs « sensibiliser » la direction au problème lors de la cérémonie des 25 ans. « On est contents de travailler pour une entreprise qui fait du made in France, mais on voudrait une rémunération un peu meilleure », explique François Normand, devant l'usine au côté de ses confrères qui dévorent pour certains des cornets du concurrent Magnum.

« Ils surfent sur le local, mais pour produire local il faut des agriculteurs, et pour qu'il y ait des agriculteurs, il faut un prix », renchérit leur président Serge Capron, qui souhaite pouvoir fêter avec la marque les 35 ans de l'usine.

AFP