le 22/12/2017 à 18:25

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Stratégie fongicide céréales Julie Coulerot, Agro Conseil : « N’intervenir que si nécessaire »

La question essentielle selon Julie Coulerot : ai-je un intérêt à traiter ? (©TNC)

La question essentielle selon Julie Coulerot : ai-je un intérêt à traiter ? (©TNC)

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Ne parlez surtout pas de programme fongicide à Julie Coulerot, Directrice Générale de la Société de Conseil Indépendant Agro Conseil, « une année ne ressemblant jamais à une autre » selon elle. Aussi, raisonner une stratégie de lutte commence dès le semis et implique une surveillance renforcée. Objectif : n’intervenir que si nécessaire afin de préserver le potentiel économique de la culture et de traiter à bon escient.

Peut-on se passer de certaines interventions ? « Certainement, et ça devrait être la base de toute stratégie de protection en productions végétales, répond sans détours Julie Coulerot, directrice de l’entreprise de conseil indépendant Agro Conseil. En clair, ai-je un intérêt à traiter ? Les traitements fongicides obéissent à une logique économique : je vais intervenir car ma plante est malade, mais avant tout parce que le risque de perte de rendement est élevé. On ne gagne pas de quintaux en traitant, on évite d’en perdre. »

Imaginé il y a 35 ans, le système Épipré a pour logique de n’employer de phytos que lorsque le seuil d’alerte/rentabilité est atteint. Invité à suivre un protocole de surveillance strict de ses parcelles, le client communique à intervalles définis ses résultats de comptage. « Épipré s’appuie sur les observations de terrain de l’année en cours, explique la spécialiste. Notre démarche vise à inciter les agriculteurs à retourner dans leurs champs. »

Pression maladie vs objectifs économiques

« En plus de s’appuyer sur une modélisation météo, le système prend en compte leurs observations à une date précise. Nous leur indiquons une méthode de comptage pour qu’ils nous disent si la maladie est présente, et dans quelles proportions. C’est très cadré. Une fois les données fournies, on établit des recommandations à partir d’une simulation tenant compte du profil de l’exploitation et des objectifs de rentabilité. Si aucune intervention n’est préconisée, on reprogramme une nouvelle phase d’observation. Au contraire, si Épipré estime une perte de rendement, on calcule le coût moyen d’un passage de produit, et on fait la balance par rapport au prix de vente envisagé. Cette confrontation permet de savoir s’il est judicieux d’investir dans un traitement phyto ou pas. »

Un seuil d’intervention basé sur un principe simple : pression maladie versus objectifs économiques. En cas de traitement, Agro Conseil prône des stratégies personnalisées à la parcelle, en employant une solution efficace à la dose homologuée ou une technique alternative appropriée. « Nous ne conseillons pas de produit. Chez nous, le plus important est de savoir quand intervenir et contre quelle maladie. » En moyenne, Épipré a préconisé 1,6 application par parcelle en 2016 et 1,2 en 2017. Cette année, 31 % des parcelles ont reçu un conseil de non-traitement. « L’an dernier en Ille-et-Vilaine, un de nos clients n’a pas traité et a obtenu entre 75 et 80 q/ha de rendement en orge d’hiver fourrager. »

Laisser s’exprimer les défenses naturelles

La jeune dirigeante revendique n’avoir jamais fait la promotion d’un programme, un mode de protection pourtant classique dans les mœurs agricoles. « Un programme, c’est l’étude de ce que l’on peut faire plus tard à partir de références historiques. Or, les maladies, la nutrition de la plante et le fonctionnement du sol dépendent de l’année en cours. Impossible d’affirmer "cette campagne, il vaut mieux passer avec tel produit, à telle période, parce qu’il y aura telle maladie". Une année ne ressemble jamais à une autre. Quelle va être la pression maladie en 2018 ? Septoriose, rouille jaune ou brune… personne n’en sait rien ! »

Pas d’intervention systématique donc avec Agro Conseil : naturellement, la maladie peut s’installer mais la plante possède des mécanismes de défense, à condition de les avoir favorisés en amont. « Dès que l’agriculteur sème une culture, il démarre sa stratégie de lutte », pointe Julie Coulerot. Les leviers sont multiples : « S’il choisit de façon optimale sa variété par rapport au risque statistique d’une maladie sur son territoire et à sa dangerosité potentielle, il est à la fois dans un itinéraire classique et prophylactique », ajoute-t-elle. Date et densité de semis font aussi partie intégrante de la stratégie. Le développement foliaire du jeune plant, implanté trop tôt, l’expose à une pression plus forte au début du printemps, période à partir de laquelle le risque fongique devient plus élevé. Quant à la densité de semis, une population trop drue est propice aux infestations, qui se propageront plus rapidement par contact de feuille à feuille.

« Ne pas penser produit, mais agronomie »

« La fertilisation est également essentielle. Une plante souffrant de carences nutritionnelles est plus fragile, complète l’experte. Un léger décalage de développement végétatif au moment où la maladie se manifeste, et elle sera incapable de mobiliser suffisamment ses défenses. À la mise en place de la culture, ne pensez pas produit, mais agronomie ! Ainsi, vous utiliserez à bon escient la chimie comme dernier rempart. La prophylaxie, c’est mettre la plante dans des conditions favorables, propres à limiter indirectement l’usage des phytos. Le résultat financier reste prioritaire. » Concernant les aléas météo, « ils expliquent pourquoi nous ne travaillons pas avec des programmes : regardez 2016 et 2017, les conditions climatiques ne ressemblent absolument pas à la moyenne des 10 dernières années ! »

Agro Conseil compte plus de 5 000 clients, dont 5 % d’utilisateurs d’Épipré. « Ce n’est pas notre secteur d’activité principal mais la plupart des exploitants qui y ont recours nous renouvellent leur confiance depuis longtemps, certains depuis le début. L’approche a 35 ans mais elle est plus que jamais d’actualité. »

TNC