le 22/12/2017 à 11:25

  • Imprimer
  • Envoyer à un ami

Salmonelles Lactalis rappelle toute la production d'une usine depuis février

La contamination aux salmonelles de laits infantiles produits par le premier groupe laitier français Lactalis a débouché jeudi sur le rappel de l'ensemble de la production depuis février de l'usine incriminée, qui va subir des mesures de chômage technique pour une durée indéterminée.

L'entreprise a rappelé 720 lots supplémentaires de lait, s'ajoutant à 625 lots déjà retirés ces deux dernières semaines. Le groupe retire en fait du marché national et international tous les produits infantiles et nutritionnels « fabriqués ou conditionnés » dans son usine de Craon, en Mayenne, depuis le 15 février.

« Nous savons désormais qu'une contamination dispersée s'est installée » dans cette usine « suite à des travaux réalisés courant 1er semestre 2017 », a justifié Lactalis. Le volume des produits concernés par le rappel se chiffre en milliers de tonnes, mais le groupe Lactalis, réputé pour sa discrétion - il ne publie pas ses comptes - ne veut donner aucun chiffre. « C'est énorme », a simplement déclaré à l'AFP le directeur de la communication du groupe, Michel Nalet, tout en concédant qu'une partie des produits concernés par le rappel avaient déjà été consommés.

Une partie des 350 employés de l'usine vont subir des mesures de chômage technique, qui doivent être annoncées dans les prochains jours, a indiqué à l'AFP un porte-parole du groupe. Arnaud Boisnard, patron de la filiale Lactalis Nutrition Santé, a espéré sur les ondes de France Bleue Mayenne que l'unité puisse rouvrir « peut-être en février ». Mais un porte-parole a fait valoir qu'il faudrait « d'abord obtenir toutes les garanties nécessaires sur le plan sanitaire, en accord avec les autorités ».

« Principe de précaution »

Le retrait concerne des produits de marque Picot (poudres et céréales infantiles), Milumel (poudres et céréales infantiles) et Taranis (mélanges d'acides aminés en poudre destinés au traitement de pathologies), selon Lactalis.

La production de l'usine, qui appartient au groupe depuis 2006, a été arrêtée vendredi 8 décembre pour un grand nettoyage des installations. La même usine avait déjà subi une contamination de salmonelle en 2005, juste avant son rachat par Lactalis, selon un rapport des autorités sanitaires sur l'épisode dont l'AFP a obtenu copie.

Mercredi, l'agence Santé Publique France a indiqué avoir identifié 31 nourrissons ayant consommé des produits Lactalis et présentant une salmonellose. Seize d'entre eux, qui avaient été hospitalisés, sont sortis de l'hôpital et vont bien. Quentin Guillemain, père d'une petite fille de trois mois qui a consommé un des laits concernés, et l'association de consommateurs UFC-Que Choisir ont annoncé lundi des dépôts de plainte pour tromperie contre Lactalis.

« Lactalis indique qu'il s'agit ici d'appliquer le principe de précaution. De quel principe de précaution s'agit-il alors qu'il aurait été retrouvé des salmonelles dans l'intégralité de l'usine ? », a réagi Quentin Guillemain, au nom d'une association de familles de victimes. « Parmi les nouveaux lots retirés, on trouve également des solutés de réhydratation donnés aux enfants lorsqu'ils ont la diarrhée, notamment dans les cas de contamination aux salmonelles », affirme-t-il.

«  Produits très sensibles »

« Les laits infantiles sont des produits très sensibles et il ne faut prendre aucun risque. C'est une décision terrible pour eux, car ce sera un énorme manque à gagner », a déclaré à l'AFP Jehan Moreau, directeur de la Fédération nationale de l'industrie laitière, qui représente les industriels du secteur.

Gérard Calbrix, responsable de l'Association de la transformation laitière française, s'est lui inquiété des « risques » pour l'exportation que cette affaire fait peser sur les laits français. La France exporte 40 % de sa production laitière. Lorsqu'il redémarrera sa production, le site de Craon va « probablement avoir besoin de temps » pour récupérer son agrément pour exporter, notamment en Chine, a-t-il estimé.

Dans ce pays, la nouvelle a été abondamment commentée sur internet. Et pour cause : en 2008, un scandale retentissant de lait en poudre infantile contaminé a durablement marqué les consommateurs et décrédibilisé la filière lait locale.

Pour l'Empire du milieu, 12 lots sont concernés, selon un communiqué de l'administration chargée de la certification (6 décembre 2017). Elle précise que les produits incriminés, s'ils étaient déjà enregistrés correctement auprès des autorités chinoises, n'avaient pas encore été exportés en Chine.

« Vous voyez ! Certains pensent que le lait en poudre étranger est forcément bon et le chinois forcément mauvais. Mais pas nécessairement ! », réagissait un internaute sur le réseau social Weibo.

Les salmonelloses sont des intoxications alimentaires allant de la gastroentérite bénigne à des infections plus graves. Elles sont potentiellement plus dangereuses pour les jeunes enfants, les personnes âgées ou affaiblies. Lactalis a mis en place un numéro vert (0 800 120 120) pour informer les consommateurs.

AFP