le 03/01/2018 à 18:25

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Lait contaminé Lactalis La réponse des autorités mise en cause

L'affaire du lait infantile de Lactalis contaminé aux salmonelles a rebondi mercredi 3 janvier autour de la lenteur de réaction supposée des autorités après la découverte de bactéries dans l'usine en août et en novembre 2017.

L'hebdomadaire Le Canard Enchaîné affirme notamment que des inspecteurs vétérinaires n'ont rien détecté lors d'une visite de contrôle en septembre. Quelle a été la réponse de l'Etat ? Un arrêté préfectoral, daté du 9 décembre et publié à la fin du mois, a demandé l'arrêt de l'activité de production de poudres de lait infantile de l'usine Lactalis de Craon (Mayenne).

A cette occasion, le gouvernement, en l'occurrence Bercy, chargé notamment de la Répression des fraudes et du suivi des produits infantiles, avait annoncé le 10 décembre un retrait massif de lots de lait, alors que jusque-là, seuls quelques lots avaient été rappelés.

Onze jours plus tard, Lactalis procédait au rappel de l'ensemble de ses laits et autres produits infantiles produits dans cette usine depuis février.

Au sujet d'un contrôle pointé du doigt par le Canard Enchaîné mercredi, le ministère de l'Agriculture reconnaît qu'aucune anomalie n'a été décelée en septembre dans l'usine. Cela s'explique par le fait que l'inspection « portait sur un seul domaine d'activité de l'usine »: « un nouvel atelier de mélange à sec de céréales », et pas les activités de poudre de lait. Le ministère affirme n'avoir « pas eu connaissance » des résultats des auto-contrôles menés par le groupe en août et en novembre qui avaient décelé des traces de salmonelles dans les bâtiments, mais pas sur les chaînes de production. Dans sa défense, il souligne qu'une obligation de notification n'existe que lorsque une non-conformité a été décelée sur un produit mis sur le marché.

En face, Lactalis rétorque que « les autorités ont à disposition les résultats des audits en permanence ».

Où en est l'enquête judiciaire ?

Une enquête préliminaire a été ouverte fin décembre par le parquet de Paris, notamment pour «blessures involontaires» et « mise en danger de la vie d'autrui ». « Comment peut-on expliquer que Lactalis a su et n'a rien fait depuis août ? Et l'Etat ? », s'interrogeait, mercredi auprès de l'AFP, Quentin Guillemain, président de l'association des familles victimes du lait contaminé aux salmonelles, à l'origine de la première plainte, déposée mi-décembre.

Une deuxième plainte a été déposée vendredi par l'association de consommateurs UFC Que Choisir.

La porte-parole de Lactalis a rappelé que les « causes potentielles » de contamination étaient connues, évoquant des « travaux » réalisés au premier semestre.

Dans quelle situation se trouve l'usine de Craon ? Lactalis affirme que « tout ce qui est fabriqué dans l'usine de Craon est arrêté depuis le 8 décembre », alors que Quentin Guillemain, disant s'appuyer sur des sources internes au groupe, continue d'avancer qu'une « partie de l'usine fonctionne aujourd'hui même ».

De source proche de Bercy, on explique que le site Lactalis de Craon comporte en fait deux usines, une de produits infantiles et une autre pour les fromages. « L'intégralité de l'usine qui fait le lait et les céréales est bien fermée, mais pas l'autre usine sur le même site, qui fabrique du fromage ».

Sur le plan social, une partie des 350 employés de l'usine pourraient subir des mesures de chômage technique, mais aucune mesure en ce sens n'a encore été annoncée, selon le groupe, alors que les vacances scolaires sont encore en cours et que les analyses et le nettoyage de l'usine se poursuivent.

Une affaire d'ampleur désormais internationale

Quelles conséquences pour la population ? Au 20 décembre, l'autorité de surveillance Santé publique France avait recensé 35 nourrissons atteints de salmonellose en France depuis la mi-août. Ce nombre inhabituel l'a amenée à parler d'« épidémie », mais la santé de tous ces enfants est bonne, y compris pour les 16 qui ont été hospitalisés.

Les salmonelloses sont des intoxications alimentaires allant de la gastroentérite bénigne à des infections plus graves. Pour 31 enfants malades, il a été prouvé qu'ils avaient consommé un lait infantile de l'usine Lactalis de Craon.

L'Association des familles victimes recense pour sa part 200 enfants présentant des symptômes similaires à ceux de la salmonellose, dont 60 hospitalisés et 35 diagnostiqués. L'affaire a pris une dimension internationale, au vu des volumes de produits infantiles exportés, notamment vers la Chine.

AFP