le 05/01/2018 à 08:25

  • Imprimer
  • Envoyer à un ami

Exportation des orges d’hiver Les orges fourragères tirent les brassicoles vers le bas

Les vélléités chinoises à développer des bières « premium » issues de nos orges de printemps constitue un potentiel d'opportunités intéressant. (©TNC)

Les vélléités chinoises à développer des bières « premium » issues de nos orges de printemps constitue un potentiel d'opportunités intéressant. (©TNC)

Malgré une demande qui évolue et des marchés avec les pays tiers qui se développent, les prix de l’orge brassicole d’hiver restent écrasés par un marché victime d’un blé très bas.

L’orge d’hiver, récoltée cet été, part dans sa grande majorité à l’export. Selon les premières estimations de la campagne commerciale, en cours jusqu’à juin 2018, 7,8% des orges récoltées (printemps et hiver) iront au marché intérieur, 1,2 Mt pour l’alimentation animale et 260 000 tonnes pour la malterie. Le reste, 72,2% de la récolte, partira en Europe et dans le monde. Deux marchés, distincts mais liés, se détachent alors concernant les orges d’hiver.

Concernant l’orge fourragère, le marché intérieur français représente à peine un tiers des débouchés et l’Europe la moitié des exportations. « Le premier importateur historique est l’Arabie Saoudite, explique Alexandre Boy, analyste Agritel, car il a de gros troupeaux de dromadaires et de petit bétail, historiquement nourrit à l’orge. C’est aussi le cas pour tout le pourtour méditerranéen, du Maroc à la Jordanie, avec beaucoup de petit bétail, notamment des moutons. » Avec des quotas moins sévères sur l’orge, par rapport au blé ou au colza, la Chine est aussi devenue avec les années, un des plus gros client de nos orges fourragères.

Pour les orges destinées à la brasserie c’est encore plus frappant puisque la récolte des orges semées en hiver que la France est la seule à produire dans le monde, de moins bonne qualité et n’intéressant donc pas le marché Européen, s’exporte presque en totalité vers les pays tiers. « On se retrouve en concurrence avec l’orge de printemps Australien, explique Luc Pelcé ingénieur régional et animateur de la filière brassicole pour Arvalis, qui est très soumis aux aléas climatiques et dont la production varie entre 2 et 10 Mt par an. Leur quantité fait donc le marché car leurs prix sont plus bas. » La Chine, qui produit le quart de la bière du monde (500 millions d’hectolitres par an) nous achète donc quand les Australiens ne fournissent pas suffisamment.

Un marché en plein développement

Un marché chinois en pleine évolution avec l’intérêt de développer des bières « premium » issues de nos orges de printemps, de meilleure qualité. « On est très attentifs car, avec la Chine, même s’ils ne sont que 50 millions à décider que cette bière est meilleure, on a tout de suite des tonnages monumentaux », détaille Luc Pelcé. Après la Chine, les grains français, d’orge d’hiver brassicole partent vers l’Inde, le Maghreb ou le Brésil. « Le marché des orges d’hiver brassicole est en évolution, davantage que celui des orges de printemps, centré sur l’Europe, analyse l’ingénieur, parce qu’il y a dans ces pays une population qui augmente plus vite. »

Pour la campagne en cours, les nouvelles sont bonnes puisque la production australienne d’orge serait en recul de 39% cette année. Au 11 décembre, la Chine représentait déjà 23% des tonnages exportés, soit 219 000 tonnes, essentiellement à usage brassicole. Une demande en hausse mais des cours qui ne grimpent pas, alors qu’il y a peu de stocks. « C’est lié à la dépendance aux orges fourragères, plus importantes en volume sur le marché, qui sont tirées vers le bas par le prix du blé », explique Luc Pelcé.

Et, du côté des orges fourragères, le prix dépendra aussi de la demande de l’Arabie Saoudite, qui semble diminuer ses achats à la vue du prix du blé, et de la Chine qui, après une baisse de ses importations, rachète beaucoup depuis janvier. « On est dans l’attente de voir ce qui va prendre le dessus entre la baisse des importations de l’Arabie Saoudite d’un côté et l’augmentation de celles de la Chine de l’autre », conclu Alexandre Boy.

TNC