le 23/01/2018 à 19:25

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Conjoncture céréalière P. Pinta, AGPB : « 4 céréaliers sur 10 sans revenu disponible, du jamais vu ! »

Philippe Pinta et Eric Thiroin, respectivement président et secrétaire général de l'AGPB, lors d'un point presse mardi 23 janvier 2018. (©TNC)

Philippe Pinta et Eric Thiroin, respectivement président et secrétaire général de l'AGPB, lors d'un point presse mardi 23 janvier 2018. (©TNC)

Le congrès des céréaliers de l’AGPB se déroulera à Dijon les 31 janvier et 1er février prochains dans une « ambiance morose ». « 40 % des producteurs n’ont pas dégagé de revenu disponible en 2017 », selon Philippe Pinta. Pour le président du syndicat, les solutions sont à trouver au sein de la filière, en particulier par la réduction des charges à tous les échelons, et surtout par des investissements de modernisation, de recherche et d’innovation. Cette modernisation de la filière coûtera 14 milliards sur 15 ans.

Malgré de meilleurs rendements, « 40 % des céréaliers n’ont pas dégagé de revenu disponible en 2017 », a assuré Philippe Pinta, président de l’AGPB, lors de la présentation, mardi 23 janvier 2018, du congrès du syndicat. Ce dernier se tiendra mercredi 31 janvier et jeudi 1er février 2018 à Dijon, « au cœur des zones intermédiaires ».

« Ce chiffre est, malheureusement, conforme à la moyenne observée depuis 2013. Chaque année, on se dit que ce sera mieux l’année prochaine. Mais ce n’est pas le cas », a-t-il commenté.

« Le vrai problème, ce sont les prix. Les prix restent très bas à cause d’une parité euro-dollar défavorable. » A 140 €/t départ ferme, difficile voire impossible pour les producteurs de dégager un revenu. « Il faudrait pouvoir vendre du blé à 170 €/t pour commencer à gagner de l’argent. »

Pour l’AGPB, il y a urgence à regagner de la compétitivité sur les marchés mondiaux. Et le syndicat a fait ses comptes. « Le coût de la modernisation nécessaire de l’ensemble de la filière céréalière est de 14 milliards d’euros sur 15 ans. »

Ce montant, à première vue astronomique, est à rapporter au niveau moyen d’investissement au sein de la filière. « En moyenne, l’investissement annuel des agriculteurs dans leur outil de travail est compris entre 10 et 12 Mds€. » De son côté, l’aval de la filière – coops et négoces compris - investit entre 5 à 6 Mds€ chaque année. L’effort supplémentaire suggéré par le plan de filière céréalière serait ainsi de 5 à 7 % par rapport au niveau d’investissements constaté ces dernières années.

Cet effort permettrait, selon lui, de financer des investissements dans de nouvelles machines, dans la robotique, le numérique, dans la recherche et l’innovation, pour l’irrigation. Il permettrait aussi d’améliorer la qualité du stockage des céréales et, surtout, la logistique ferroviaire structurellement très déficiente.

Bénéficier du plan de 5 Mds€ promis par Emmanuel Macron

« Nous sommes prêts à aller de l'avant, mais il faut aussi que le gouvernement nous accompagne », poursuit Philippe Pinta. L’AGPB souhaite ainsi un soutien de l’Etat pour les cinq premières années de ce plan conçu pour s'étaler sur une quinzaine d'années, et espère profiter du plan d'investissement et de modernisation de 5 Mds€ promis par Emmanuel Macron. « On veut bien prendre les 5 Mds pour notre filière, ils ne seront pas de trop », a ironisé le représentant.

Les céréaliers attendent aussi beaucoup de la prochaine réforme de la Pac. « Emmanuel Macron doit jouer de toute son influence pour obtenir un budget fort pour la prochaine Pac. Et offrir davantage de subsidiarité aux Etats membres, c’est tout sauf une bonne politique commune. » L’AGPB demande que le paiement redistributif soit abaissé à 5 %.

Concernant la Pac, le syndicat dénonce par ailleurs des « écarts » dans les aides européennes à l'hectare d'un pays à l'autre, lesquelles engendrent des « distorsions de concurrence ». Il évoque ainsi des écarts d'aide à l'hectare de 12 à 15 euros la tonne de blé entre la France et l'Allemagne.

Et l’AGPB de s’inquiéter de l’affaiblissement de la France sur la scène agricole européenne et internationale. « Ces 10 dernières années, l’évolution de la valeur ajoutée alimentaire a progressé dans tous les pays européens, avec des hausses comprises entre 2 et 20 %. Dans tous les pays, sauf un : la France. Sur cette même période, nous avons perdu 14 %. »

TNC