le 01/02/2018 à 09:25

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Transmission d’exploitations agricoles L’humain prend le pas sur l’économique

Dans le cas d'une transmission familiale d'exploitation agricole, il y a « l’élu », celui qui a été choisi pour reprendre le flambeau. (©PointImages, Fotolia)

Dans le cas d'une transmission familiale d'exploitation agricole, il y a « l’élu », celui qui a été choisi pour reprendre le flambeau. (©PointImages, Fotolia)

La transmission des fermes, lorsque le chef d'exploitation part à la retraite, fait intervenir des aspects économiques mais surtout humains puisqu’elle implique plusieurs membres d’une même famille. Or, trop souvent, ces derniers sont sous-estimés, comme l’explique la sociologue Dominique Jacques-Jouvenot. Dans le monde agricole en effet, le poids de l’humain est sans doute encore plus lourd qu’ailleurs.

Transmettre une ferme familiale revêt un certain nombre de spécificités relevant bien plus de l’humain que de l’économique. Tout d’abord, il s’agit d’un processus relativement long, qui commence bien avant la signature des papiers chez le notaire avec le repreneur.

« La transmission débute dès que le futur retraité désigne son successeur, ce qu’il fait souvent de façon plus ou moins consciente peu de temps après la naissance de "l’élu", un fils généralement, qui prendra la suite, a précisé Dominique Jacques-Jouvenot, professeure de socio-anthropologie à l’Université de Franche-Comté et auteure de nombreux travaux sur la transmission des exploitations agricoles, lors d’une journée consacrée à cette thématique organisée par l'Association française de zootechnie. En réalité, le processus s’est engagé au moment où le cédant a repris l’entreprise, soit au début de sa carrière. »

Un processus qui impacte la relation père-fils

Ainsi, dans la transmission des exploitations familiales, il y a "l’élu", celui qui a été choisi pour reprendre le flambeau, "parce qu’il aime le métier, ça se voit, de toute façon, il a toujours dit qu’il voulait être agriculteur". Et les exclus, le reste de la fratrie, qui peuvent très bien accepter cette situation, parce qu’ils sont contents que l’entreprise reste dans la famille, ou parce qu’ils ne veulent pas avoir la responsabilité de la faire perdurer, ni celle d’un éventuel échec. Dans d’autres cas, les collatéraux peuvent se sentir lésés, voire rejetés par leur propre père, au profit du "préféré" avec les conséquences que l’on imagine sur les relations familiales.

Mais "l’élu" a-t-il choisi sa destinée ? Quelle est la part d’envie réelle de devenir agriculteur, quand on nous répète depuis tout petit : "celui-là, il aime ça, tout le temps à me suivre dans le tracteur. C’est sûr, plus tard, il reprendra la ferme !" ? Pas étonnant qu’avec une telle pression, la transmission ne soit pas toujours bien vécue par le repreneur "élu". « Dans le monde agricole, on reprend une ferme pour la vie, on ne peut pas essayer et se reconvertir quelques années après car cela n’a pas marché, a insisté la sociologue. C’est comme une dette pesant sur le repreneur. Elle engage à la fois le cédant et celui qui s’installe. »

Ce poids impacte la relation père-fils. « S’il ne reprend pas l’entreprise, le fils met fin à l’histoire familiale, dont il est le maillon défaillant. Les générations précédentes, suivantes et co-présentes devront assumer ce choix. » Même dans les installations hors cadre familial, « le cédant tente de récréer ce lien père-fils. Il "adopte" le jeune installé, lui prodiguant moult conseils jusqu’à être un peu trop présent ».

TNC