le 16/02/2018 à 07:25

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La ferme du Mont'belles (80) Thierry Fernandez a investi 8000 €/vache pour monter un élevage de toutes pièces

Depuis le mois de mai 2016, Thierry Fernandez élève 75 Montbéliardes pour une référence de 620 000 litres. (©TNC)

Depuis le mois de mai 2016, Thierry Fernandez élève 75 Montbéliardes pour une référence de 620 000 litres. (©TNC)

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Éleveur dans l’âme, la motivation n’a jamais quitté Thierry Fernandez durant la mise en place de son projet : monter un élevage de toutes pièces à Oneux dans la Somme. Passionné de Montbéliardes, il a constitué son troupeau en important des animaux du Jura. Finalement, la facture s’élève à 8 000 €/vache pour la construction du bâtiment, l’installation d’un robot de traite et l’achat des animaux.

Thierry Fernandez, installé à Oneux dans la Somme (80), a un parcours plutôt atypique. Ce passionné d’élevage, un diplôme d’ingénieur en poche, a d’abord enseigné en lycée agricole puis a monté son entreprise de conseil et est enfin revenu sur l’exploitation de polyculture élevage de ses parents en 2004. Cependant, n’ayant pas pu s’installer comme il le souhaitait, il a fait le choix de confier ses Prim’holsteins en entrant en SCL avec d’autres éleveurs du département. Mais au fil du temps, la conduite du troupeau en masse (environ 450 vaches laitières au total) correspondait de moins en moins à ses idées. En 2014, la décision radicale fut prise : Thierry quitta la société en emportant son quota.

Monter un élevage de toutes pièces au prix de 8 000€/VL

Retour à la case départ : pour remonter un élevage, il fallait tout construire. Accompagné par les conseillers de la Chambre d’agriculture de la Somme, Thierry Fernandez a passé de nombreuses heures à calculer les budgets nécessaires à la construction de la stabulation, la mise aux normes, le matériel, l’installation de traite, la main d’œuvre, l’achat des animaux, etc. Le budget bouclé, il a passé des appels d’offre et a ensuite mis près de deux ans à négocier avec les fournisseurs.

L’éleveur a opté pour un bâtiment en bois orienté nord-ouest dont la construction a débuté en août 2015. L’aire paillée a été choisie pour le confort des animaux mais aussi pour l’odeur et l’ambiance générale du bâtiment. De grandes ouvertures contribuent d'ailleurs à la ventilation de la stabulation. La traite est robotisée par un robot Delaval VMS. Une extension du bâtiment est prévue pour la suite avec la mise aux normes qui apportera une fumière couverte en plus de la poche à effluents déjà existante car l’exploitation se situe en zone vulnérable.

L’ensemble du projet représente un coût total de 8 000 €/vache tout compris (bâtiment, viabilisation, matériel, robot de traite et achat des animaux) sauf le béton qu’il a fait lui-même. Il estime d’ailleurs avoir économisé environ 120 000 € sur ce poste.

L’exode rural des vaches laitières

Concernant le troupeau, il en était convaincu depuis toujours : la Prim’holstein, ça n’était pas pour lui. En laissant ses animaux dans la SCL, il avait l’opportunité de monter enfin le troupeau qui lui plaisait : des Montbéliardes ! Découvrant avec passion la race pendant un stage dans le Jura dans le cadre de ses études, il s’est tout naturellement tourné vers ses anciens maîtres de stages pour trouver les animaux qui constitueront son futur troupeau.

Ce fut chose faite : les premières vaches en lactation sont arrivées à Oneux le 19 mai 2016. « Elles ont été traites une dernière fois chez leurs anciens propriétaires le 19 au matin, explique Thierry, et sont arrivées le soir même à la ferme. Nous les avons laissées tranquilles et les avons traites le lendemain matin. Elles n’avaient jamais vu de robot de leur vie et pourtant, tout s’est bien passé. » Un second lot d’animaux composé de vaches et de génisses est arrivé en septembre puis les dernières génisses en décembre. « Aujourd’hui, toutes les vaches ont passé au moins un an ici », affirme l’éleveur.

Après les 280 000 litres produits la première année, les 75 vaches ont produit 520 000 litres sur l'année 2017. Et pourtant, ces animaux provenant du Jura ont tout de même dû être confrontés à un sacré décalage : passer d’un système herbe AOP Comté à un système maïs 100 % en bâtiment. « Nous avions bien anticipé l’arrivée des animaux et n’avons eu jusqu’à présent aucune perte, se félicite l’éleveur. Le décalage de vie entre le Jura et ici, c’est un peu comme la migration rurale des populations, notamment des vaches dans ce cas, ironise-t-il. »

Et le projet n'est pas terminé !

En tout, l’exploitation compte 145 ha de SAU dont 70 de SFP, une centaine d’animaux blonds pour l’engraissement et 75 vaches laitières. Le travail est réalisé par l’éleveur, 1,5 salarié (3 mi-temps) et 3 apprentis. Niveau rentabilité, Thierry estime s’y retrouver : « Aujourd’hui, les vaches laitières remboursent les emprunts, les vaches allaitantes paient les salariés et les cultures de vente sont mon gagne-pain ».

L’éleveur admet s’être lancé dans un sacré projet mais il affirme que la passion prime avant tout. « Quand j’étais jeune, confie-t-il, je voulais faire des Montbéliardes et des Blondes d’Aquitaine. C’est maintenant chose faite ! Mais je dois beaucoup à ma famille qui m’a soutenu. On l’oublie souvent mais c’est très important d’échanger, de mettre toutes les idées sur la table afin que chacun puisse s’exprimer. »

En outre, le projet n’en est qu’à ses débuts ! L’éleveur a encore quelques idées derrière la tête. Il confie notamment : « J’aimerais exploiter l’herbe et que mes vaches puissent sortir au pâturage. Je songe également à convertir l’élevage à l’agriculture biologique. » Pourquoi ne pas l’avoir fait dès le démarrage de l’élevage, peut-on penser ? L’agriculteur explique alors que les cultures de vente étaient l’atelier qui bloquait : « Je ne compte pas convertir mes cultures au bio. Il faudra alors que je divise mon exploitation en deux sociétés : une pour les cultures de vente en conventionnel et une pour les vaches et les cultures fourragères associées en bio. » Le rendez-vous est donc pris bien à l’avance pour une nouvelle visite dans un élevage converti !

TNC