le 18/02/2018 à 19:25

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Zones défavorisées À vendre « villages pittoresques » de l'Aude

À vendre « village pittoresque », « entre mer et montagne » ou « fort sympathique » : par solidarité avec leurs agriculteurs en colère, des communes du secteur de La Piège (Aude) se sont symboliquement mises en vente sur le site Le Bon Coin.

Saint-Julien de Briola, Fanjeaux, Orsans, Saint-Amans, Laurac, Ribouisse, Generville, Villautou Fanjeaux, Lacassaigne... autant de villages audois mis en vente pour protester contre l'exclusion possible de leurs éleveurs de la carte des zones défavorisées, dont la réforme est actuellement en discussion. Cette vente, qui ne donne aucun prix, fait « suite à une série de décisions injustes », « à l'abandon du monde rural par l'État et à la surdité du ministère de l'agriculture », peut-on lire notamment sur les petites annonces. Pour tout renseignement, « l'acheteur » est invité à s'adresser à Stéphane Travert, ministre de l'agriculture. Il doit faire des « offres sérieuses », « Perlimpinpin abstenez-vous », prévient ainsi la commune de Fanjeaux.

Note dérision et défaitisme, les annonceurs mettent en exergue les qualités de tous les villages mais aussi constatent les conséquences du déclassement possibles de leurs terres, privant les exploitants de l'ICHN, l'indemnité compensatoire de handicaps naturels. À Fanjeaux, où les habitants ont installé des panneaux « maisons à vendre », l'annonce publiée sur leboncoin.fr concerne « de nombreuses exploitations endettées mais où vous serez toujours accueillis avec le sourire », « des écoles rurales en désuétude mais premier rempart des valeurs de la République »... En revanche, elle ne comprend pas « un havre de paix que l'État est en train de détruire dans l'indifférence la plus totale ».

De son côté, Cazalrenoux, « belle commune de 13,5 km2 », vend des éleveurs d'ovins et bovins, « une espèce en voie de disparition mais non protégée », un « éleveur de porc tout autant menacé », « des agriculteurs, a priori, considérés comme nuisibles ». « Tout est à vendre », clame également Saint-Julien de Briola : ses 84 habitants, ses exploitations agricoles, céréalières ou d'élevage, conventionnelles ou bio, une fromagerie, une église en bon état, une salle des fêtes et son comité des fêtes, une mairie avec son maire, ses adjoints et même ses deux employés municipaux. La commune déplore avoir été reclassée depuis peu en zone de plaine. Et d'ironiser : c'est peut-être à cause de ses terres pentues, pauvres et caillouteuses.

AFP