le 25/02/2018 à 19:25

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Ouverture du Sia Que retenir de l'inauguration du Salon de l'agriculture par Emmanuel Macron ?

Emmanuel Macron, lors de son passage devant Haute, la vache égérie de race aubrac, au Salon de l'agriculture 2018. (©TNC)

Emmanuel Macron, lors de son passage devant Haute, la vache égérie de race aubrac, au Salon de l'agriculture 2018. (©TNC)

Emmanuel Macron inaugure son premier Salon de l’agriculture en tant que chef de l’État. Un an après ses promesses de campagne, il a certes ouvert de nombreux chantiers pour opérer une « révolution culturelle » du secteur agricole. Mais sur de nombreux dossiers brûlants, comme les accords de libre-échange, les pratiques culturales ou les négociations commerciales, le président peine à convaincre des agriculteurs toujours victimes de la course aux prix bas et de distorsions de concurrence.

Que faut-il retenir de la visite d’Emmanuel Macron à son premier Salon de l’agriculture en tant que chef de l’Etat ?

Le respect d’une tradition, celui de la comm’

D’abord sur la forme, les présidents se succèdent depuis Jacques Chirac mais la tradition reste : un président français se doit de passer plusieurs heures au Salon de l’agriculture , dès le premier jour, et ce pour deux raisons :

  • parce que les agriculteurs attendent toujours « du concret » après ses promesses électorales et les nombreux chantiers qu’il a ouverts. L’ouverture du salon est l’occasion de discuter, dans la même journée, avec les acteurs de toutes les filières.
  • parce que le Salon de l’agriculture est très populaire. C’est le salon qui reçoit le plus de visiteurs (entre 600 et 700 000). Tous les présidents se sont servis du Sia pour montrer qu’ils s’intéressent au monde agricole et à la ruralité.

Pour sa première visite en tant que président, Emmanuel Macron n’a pas souhaité casser cette tradition. Pire, en restant 12 heures, il aura battu, dès son « premier tour », le record de durée détenu par François Hollande (10 heures).

Cette présence prolongée du ministre reste en accord avec sa prise en main des problématiques agricoles dès son arrivée à l’Élysée. Quelles que soient sa méthode et ses propositions, Emmanuel Macron a mis l’agriculture au premier rang de ses priorités en engageant les États généraux de l’alimentation deux mois seulement après son élection.

Sur de nombreux dossiers sensibles, les agriculteurs restent inquiets

Ceci dit, malgré deux discours – à Rungis le 21 octobre 2017 pour le bilan d’étape des EGA puis dans le Puy-de-Dôme pour ses vœux au monde agricole en janvier 2018 – le chef de l’État ne convainc pas les agriculteurs.

En fait, la « révolution culturelle » qu’il défend se heurte, sur les plans techniques et législatifs, à des difficultés majeures.

Sur le glyphosate en particulier et les produits phytosanitaires en général, les alternatives techniques ne sont pas encore établies pour bon nombre de producteurs. Tous ne pourront pas convertir leur exploitation en production biologique . La limitation des possibilités de protection des plantes accentueront les distorsions de concurrence avec les grains américains, russes ou ukrainiens.

Idem concernant l’accord en négociation entre l’UE et les pays du Mercosur  : Emmanuel Macron défend une « ouverture » nécessaire du secteur agricole, « dans l’intérêt » de certains productions qui se portent déjà bien en France, comme celles sous signe de qualité ou d’IGP ou les vins et spiritueux. Mais ce sont les productions comme la viande bovine ou les céréales , fragilisées par la faiblesse des prix, qui seront directement impactées négativement.

Sur la question des prix, les inquiétudes sont d'autant plus fortes que les agriculteurs subissent toujours la guerre des prix impulsée par la grande distribution. « Il y aura des contrôles, regardez-moi bien dans les yeux, il y aura des contrôles et des résultats concrets », a promis Emmanuel Macron à un agriculteur déguisé en vache qui se plaignait de « la grande distribution qui se moque de nous ».

En attendant, les contours du projet de loi sur les négociations commerciales ne sont pas si favorables aux producteurs que ne laisse entendre l’exécutif. Les représentants laitiers sont particulièrement inquiets sur ce point.

Sur la définition de la nouvelle carte des zones défavorisées simples , la carte qui « servira de base » de négociation avec la Commission européenne laisse encore 1 400 à 1 700 sortants. Les mesures d’accompagnement annoncées pour ces producteurs qui ne bénéficieraient plus de l’ ICHN restent encore floues.

Finalement, les visites présidentielles du salon de l’agriculture passent et se ressemblent. Pour les agriculteurs, comme l’indiquait un jeune à la fin du discours d’Emmanuel Macron à l’Élysée jeudi 22 février  : « Pour nous, seul le résultat compte ».

Retrouvez le Live de la journée inaugurale du Salon de l'agriculture 2018 et la visite officielle d' Emmanuel Macron accompagné de Stéphane Travert :

Il y a des antiphrases qui ne trompent pas. Lors de son discours face à 700 jeunes agriculteurs reçus à la salle de fêtes de l’Élysée jeudi 22 février 2018, Emmanuel Macron a expliqué : « L’ambiance samedi prochain au Salon de l’agriculture , je m’en moque », ajoutant ne pas être « un président pour plaire, mais un président pour faire ». Mais la réception élyséenne de la «  nouvelle génération agricole  » à deux jours de l’ouverture de la plus grande ferme de France sonnait bien comme une « opération déminage » pour s’assurer d’une inauguration « tranquille ».

Lors de son discours à l'Élysée, il a longuement évoqué la négociation d'un accord commercial entre l'UE et les pays du Mercosur , arguant que ce n'est pas cet accord, ni le Ceta conclu avec le Canada, qui est responsable de la situation de l'élevage allaitant français.

Il a aussi évoqué le grand plan d'investissement de 5 Mds€, la redéfinition des zones défavorisées simples , le projet de loi sur les relations commerciales censées inverser la construction des prix pour tenir compte des coûts de production des agriculteurs, le glyphosate et les produits phytosanitaires , la réforme de la fiscalité agricole , entre autres. Autant de sujets qui doivent être évoqués tout au long de la journée inaugurale du salon de l'agriculture, Porte de Versailles à Paris.

TNC