le 27/02/2018 à 18:25

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Salon de l'agriculture Bruno Dufayet, un éleveur dans les contradictions de la mondialisation

Face aux militants écologistes, aux défenseurs du bien-être animal ou aux gouvernements qui négocient un accord commercial UE-Mercosur, Bruno Dufayet, éleveur de vaches salers et président de la Fédération nationale bovine (FNB) applique la même méthode : l'écoute et l'esprit d'équipe.

Au Salon de l'agriculture à Paris, l'homme à la carrure de joueur de rugby, sport qu'il a longtemps pratiqué, arbore le badge « je suis éleveur » au revers de sa veste. Et multiplie les rencontres : Emmanuel Macron, ministres, députés européens, journalistes, militants. Loin des pâturages autour de Mauriac, dans le Cantal (centre), où est basée son exploitation.

Comme les éleveurs français qu'il représente, Bruno Dufayet, 48 ans, se retrouve pendant le salon propulsé au centre de l'attention. Et des contradictions. « Avec 55 vaches sur 62 hectares, je suis exactement un éleveur français moyen », dit-il à l'AFP. Les éleveurs français n'ont pas peur de la mondialisation, « ni des exportations, ni des importations », assure-t-il. Néanmoins, après la signature de l'accord Ceta avec le Canada, les négociations en cours entre l'Union Européenne et les quatre pays du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) pour un accord de libre échange risquent, selon lui, de mettre en péril 20 000 à 30 000 éleveurs français. Lui-même vend des animaux « en Espagne, en Croatie, en Irlande, et en Grande-Bretagne ».

« Ce que nous voulons, c'est un cadre clair. Ce que nous contestons, c'est la distorsion de concurrence » : la viande du Canada ou d'Amérique Latine n'est pas produite dans les mêmes conditions qu'en Europe, ses coûts de revient, et donc son prix, sont plus bas. Il s'inquiète particulièrement des animaux nourris aux farines animales au Canada alors qu'elles sont interdites en Europe. Ou à coup d'antibiotiques utilisés comme activateurs de croissance au Brésil.

Changer de métier ?

Pour l'instant, l'éleveur « prend acte » des propos du président français. « Il m'a garanti qu'il n'y aurait pas une tonne supplémentaire qui rentrerait en Europe tant que les conditions de suivi sanitaire ne seront pas mises en place, c'est à dire d'ici 2024 ». Mais le doute subsiste. « Comment croire Emmanuel Macron quand on sait que ce sont les pays exportateurs qui réalisent les contrôles dans les accords de libre échange tels qu'ils existent aujourd'hui ? » s'interroge-t-il. L'affaire du bœuf avarié au Brésil l'an passé, assortie d'un vaste scandale de corruption, mine aussi la confiance. « Les États-Unis et la Russie ont encore leurs frontières fermées pour la viande brésilienne au moment où l'Europe, elle, les ouvre », relève Bruno Dufayet.

Sur la taille des élevages, il estime que les Français pourraient s'adapter à un modèle de concentration géante du même type qu'outre Atlantique, s'il leur fallait répondre à une nouvelle concurrence, même déloyale. « Moi personnellement, si c'est la vision du "feedlot" (ferme-usine NDLR) qui est choisie, je changerai de métier », lâche-t-il. Ses vaches, aujourd'hui, il les connaît par leur nom. Et se dit attaché à un système durable à taille humaine. Pendant quatre ans, en toute discrétion, alors que montait une contestation vegane et environnementale autour de la viande, accusée pêle-mêle d'être responsable de cancers, de pollution et du réchauffement, il a piloté des rencontres avec des ONG environnementales (WWF, FNH, France Nature Environnement, Green Cross France).

AFP