le 08/03/2018 à 07:25

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Tarissement Vers un traitement raisonné et sélectif

Pour réduire l'utilisation des antibiotiques au tarissement, il faut penser à réformer les vaches infectées chroniques, les hautes en cellules et celles aux trayons abîmés. (©TNC)

Pour réduire l'utilisation des antibiotiques au tarissement, il faut penser à réformer les vaches infectées chroniques, les hautes en cellules et celles aux trayons abîmés. (©TNC)

Est-il possible de concilier réduction des antibiotiques au tarissement et prévention efficace contre les mammites ? Des éleveurs bretons se forment pour relever ce challenge.

« Avant je traitais systématiquement. Maintenant, je ne mets des antibiotiques qu’à un tiers des vaches », explique Régis Badier, éleveur à Argentré du Plessis (35). « Est-ce qu’il y a des risques à moins traiter ? », s’inquiète Aurélie Veillé. « Moi, j’ai fait machine arrière quand j’ai vu le nombre de mammites réaugmenter », regrette Hervé Catheline. Pour améliorer leurs pratiques de tarissement et dans l’optique de réduire l’utilisation d’antibiotiques, ces trois éleveurs et quelques collègues du pays de Vitré (35) ont suivi la formation « gestion de la période sèche », proposée par GDS Bretagne, en association avec le GTV. « La période sèche est un moment clé pour gérer la production, la reproduction et le sanitaire », rappelle Ivanne Leperlier, vétérinaire de GDS Bretagne. Donc les mammites, première pathologie en élevage laitier.

20 % des mammites subcliniques guérissent seules grâce à l'involution naturelle de la mamelleProfiter du tarissement pour se débarrasser des mammites, c’est récupérer des vaches en bonne santé qui peuvent pleinement exprimer leur potentiel laitier. C’est aussi économiser du temps et de l’argent. Soigner une mammite demandera 4 heures à l’éleveur et lui coûtera au minimum 150 €, entre les traitements, le lait non produit et celui jeté. Si l’arrêt de la lactation permet aux cellules sécrétrices de se régénérer, cette période sans production aide aussi la mamelle à s’assainir, voire à guérir de mammites subcliniques. « On estime que  20 % des mammites subcliniques guérissent seules grâce à l’involution naturelle de la mamelle, si la vache est en bonne santé » rapporte Ivanne Leperlier. Alors, faut-il mettre systématiquement des antibiotiques au tarissement « pour être sûr » ? « C’est toujours mieux d’éviter de mettre des antibiotiques dont on n’a pas besoin. D’abord pour un aspect budgétaire mais surtout pour lutter contre l’antibiorésistance (voir encadré) », expliquent Ivanne Leperlier et Adeline Herbauval, vétérinaire à Vitré.

Évaluer ses pratiques grâce au cahier sanitaire

Réduire ses utilisations d’antibiotiques passe d’abord par une évaluation de ses pratiques, par exemple sur le logement, source de mammites d’environnement, et par un cahier sanitaire bien suivi. « Il faut noter un maximum d’informations, renseigner les mammites, les quartiers touchés, recommande Ivanne Leperlier. C’est le seul moyen de se souvenir de tout ». Puis l’éleveur analysera ces informations, les complétera avec celles du contrôle de performances pour adapter sa stratégie de tarissement vache par vache. « En recensant sur une page toutes les mammites, les points à améliorer vont ressortir. L’éleveur verra s’il y a des périodes à risque, avec par exemple un problème de logement hivernal, s’il y a beaucoup de mammites en début de lactation, il faudra être attentif au tarissement. Les vaches à problèmes sont plus faciles à identifier », encourage Adeline Herbauval, qui rappelle aussi l’importance des bonnes pratiques au tarissement, d’alimentation mais aussi d’hygiène.

Pour se lancer dans une réduction de l’utilisation d’antibiotiques, il faut d’abord régler le problème de fond des mammites récurrentes en éliminant les vaches infectées chroniques, celles qui auront eu plusieurs mammites sur leurs deux dernières lactations ou qui ont fait plus de trois mammites sur le même quartier. De même, celles aux trayons abîmés sont à réformer. Car, des trayons avec des lésions sont des portes d’entrée pour des germes.

Trier ses vaches et faire du cas par cas

Se pose ensuite la question des vaches qu’on estime guérissables ou à surveiller. L’antibiotique, à choisir avec son vétérinaire, est utile pour guérir des vaches qui ont des bactéries dans la mamelle au moment du tarissement. « Une vache infectée c’est celle qui a eu plus de 150 000 cellules, sur ses trois derniers contrôles et/ou plusieurs mammites sur ses trois derniers mois », rappelle la vétérinaire. Une vache à la mamelle basse a aussi plus de risques de faire des mammites. Est-ce que sur ces vaches il faut prendre le risque de se passer d’antibiotiques. Se passer à tout crin de traitement serait risqué. « Même si l’objectif est de réduire l’utilisation d’antibiotiques, il faut d’abord guérir et protéger des nouvelles infections. Mettre des tubes intra-mammaires au tarissement (12 à 15 €) et un obturateur (10 €) coûtent moins cher que de guérir une mammite, qui exigera sûrement plus d’antibiotiques », reconnait Ivanne Leperlier.

Une vache à moins de 150 000 cellules ne nécessite pas forcément d’antibiotiques au tarissement. Avec une bonne hygiène à l’application, l’injection d’obturateurs la protégera physiquement des nouvelles infections.

C’est bien au cas par cas et selon la saison qu’il faut décider du traitement au tarissement : tube intra-mammaire d’antibiotique + obturateur, l’un ou l’autre, antibiotique sur tous les quartiers ou un seul, voire rien. « La première étape d’un changement de pratiques peut être antibiotique pour les infectées, obturateur pour tout le monde. Puis en évaluant l’impact de ce premier changement, l’éleveur verra s’il peut, s’il veut franchir une marche supplémentaire ». Sa stratégie peut aussi différer selon la saison et le logement : il y a plus de risque en hiver qu’en été.

Dans l’optique de réduire l’utilisation des antibiotiques, certains testent des médecines alternatives, comme l’homéopathie, avec des granules décongestionnantes de salvia officinalis. Certains éleveurs utilisent des huiles essentielles aux propriétés bactéricides et décongestionnantes. Leur usage, qui n’est pas encadré car ce ne sont pas des médicaments vétérinaires, demande une formation préalable.

TNC