Visite d’un élevage porcin en Côtes-d’Armor
Chez Michel, Pierrette et Manuel Bouget

Dans le cadre des rencontres entre agriculteurs et consommateurs, initiées par FARRE et l'Union des Consommateurs-Que Choisir, l'élevage porcin de Michel, Pierrette et Manuel Bouget, dans les Côtes d'Armor, attendait beaucoup de la visite de l’exploitation, visite qu'il a estimée trop brève et de ce fait frustrante. Pour les consommateurs, ce fut une des expériences les plus importantes du  projet. 

La ferme Bouget, située à Squiffiec, à quelques kilomètres au nord de Guingamp, exploite une SAU, surface agricole utile, de 100 ha, sur laquelle sont cultivées des productions végétales utilisées dans l'alimentation des animaux. Les cultures se répartissent ainsi : 42 ha de maïs, 42 ha de blé tendre, 3 ha d'avoine, 2 ha de prairies et 11 ha de jachère.

L'élevage porcin compte
7 bandes de 26 truies reproductrices de race "Large White-Landrace" , 720 places pour les porcelets en post-sevrage, 1308 places pour les porcs en engraissement, soit 4 500 porcs charcutiers produits dans l’année.

La visite d'une exploitation porcine, dans les Côtes d'Armor, représentait pour le groupe de consommateurs qui se définit comme "militants consuméristes", une expérience qu'il a estimé des "plus importantes du projet".

Préoccupés par "la façon de produire" de l'agriculture et par sa capacité à "respecter l'environnement", les militants consuméristes rappellent qu'ils dénoncent depuis longtemps "les pratiques et les modes de production irrespectueux qui obèrent pour des années l’environnement et l’écosystème" et "qu'autant que faire se peut, ils ont tendance à privilégier, dans leurs achats, les produits qu’ils estiment émanant d’exploitations (ou industriels) ayant des pratiques vertueuses en matière d’environnement".

La rencontre avec
l'élevage de Michel, Pierrette et Manuel Bouget a permis aux visiteurs-consommateurs de constater que "produire des porcs en Bretagne en respectant l’environnement est possible. Le lien entre la production hors sol, la production des céréales et la fabrication des aliments pour élevage semble être le canevas idéal pour maîtriser l’impact environnemental et les modes de production".

Les consommateurs ont découvert une façon de produire, reliant végétal-animal-végétal, apte à concilier production et environnement et à "rencontrer leur approbation". 

Ils ont également constaté que "
le métier d’agriculteur nécessitait une capacité technique et technologique importante. La génétique, la fabrication des aliments, le suivi des cultures, l’amélioration de la productivité, autant d’éléments qui font appel à un travail spécifique qui va bien au-delà de la simple conduite de l’exploitation". 

Par ailleurs,
cette rencontre a été l'occasion pour les consommateurs de prendre conscience du malaise des agriculteurs, notamment des éleveurs bretons, qui "ont vraiment le sentiment d’être mal aimés et mal compris" et qui "attendent beaucoup des associations de consommateurs pour améliorer leur image".  

Enfin, les visiteurs-consommateurs ont noté que la "technicité de l'agriculture peut répondre au défi environnemental" tout en remarquant que si cette technicité fait appel à "des investissements lourds, pas accessibles à tous", elle "n'est pas suffisante". Ils souhaiteraient également d'une part, que les bonnes pratiques agricoles soient "normalisées", et liées à "un système de sanction pour les mauvaises" et d'autre part, "valoriser le lien avec le sol même pour des élevages hors sol". Un dernier regret exprimé par les consommateurs, est celui de l'alimentation animale dont, pour ce qu'ils ont pu constater, la maîtrise "s’arrêtait au niveau de l’agrofourniture". 

Pour sa part, l'agriculteur visité, s'il a apprécié la rencontre avec des représentants des consommateurs et de Eaux et Rivières de Bretagne, associations de défense de l'environnement
, il a regretté de ne pas avoir pu "tout exposer dans le détail", faute de temps. Il aurait également aimé pouvoir débattre davantage avec ses interlocuteurs d'un jour, afin de "de lever certains tabous ou bien de se rendre à certaines évidences, d’un côté comme de l’autre". 

Par ailleurs, l'éleveur cité refuse d'être considéré comme un éleveur unique, "
nombreux sont les éleveurs bretons à avoir pris conscience des enjeux environnementaux liés à leur activité", et "je suis loin d’être au « top du top »" souligne-t-il.

En ce qui concerne
la problématique des nitrates, un certain nombre de mesures préconisées par la profession, est pratiqué. " La répartition du lisier dans deux fosses de stockage, dont l’une est située au cœur des parcelles où aura lieu l’épandage, est un atout en terme de gestion des épandages. De même, la mesure systématique du taux d’azote présent dans les déjections permet d’adapter les doses épandues. L’épandage du lisier sur des cultures de blé permet à la plante d’utiliser au mieux l’azote qu’il contient. Cette pratique est toutefois récente car elle a nécessité la conception d’un matériel tout à fait spécifique. L’implantation d’un couvert végétal en hiver permet de ne pas laisser les sols nus en période de fortes pluies et de limiter ainsi le risque de lessivage des nitrates dans la nappe phréatique. Il m’en coûte cependant environ 350 F par ha", a tenu à expliquer l'éleveur, tout en ajoutant que cela ne nécessite pas forcément des investissements importants, mais que "c’est avant tout une question de bon sens", encouragée par "la profession agricole bretonne, notamment au travers des actions « bassins versants » et des conseillers agronomes mis à disposition".

Enfin, l'exploitant a tenu à souligner que "
80 % des aliments donnés aux animaux" sont produits sur place, et que les céréales sont analysées régulièrement afin d'en connaître la valeur nutritive exacte. En ce qui concerne les 20 % restants, il s'agit de "l’aliment pour les porcelets, les minéraux,  les vitamines et des protéines sous forme de soja et, avant leur interdiction, sous forme de farine de poisson. Ces dernières entraient dans la composition de la ration des truies. Aujourd’hui, nous les avons remplacées par des tourteaux de lin et de la méthionine de synthèse (acide aminé essentiel)", a-t-il encore précisé.

En guise d'au revoir, une porte ouverte qui invite à d'autres rencontres : "
je ne suis qu’un témoin prêt à discuter, à expliquer et je pense qu’il est nécessaire d’ouvrir nos fermes", a conclu l'éleveur.    


Source FARRE

18 décembre 2000
Voir aussi
Visite d’une exploitation de grandes cultures dans l’Aude, 
Visite d’un élevage de poulets de chair en Loire-Atlantique,
Visite d’une exploitation fruitière dans le Maine-et-Loire
Visite d'un élevage laitier dans le Nord