Visite d’un élevage de poulets de chair en Loire-Atlantique
Chez Christophe Labour

L'élevage de poulets de chair de Christophe Labour, en Loire-Atlantique a ouvert ses portes aux consommateurs, lors des rencontres entre agriculteurs et consommateurs, initiées par FARRE et l'Union des Consommateurs-Que Choisir.

L'exploitation de Christophe Labour, localisée à une cinquantaine de km de Nantes, précisément à Besné, comprend 2 000 m2 de bâtiment sur 1 ha de Surface Agricole Utile. 80 000 poulets et 18 000 dindes, bénéficiant d’un signe officiel de qualité : la Certification de Conformité Produit qui garantit la race du poulet (souche à croissance lente), l'alimentation exclusivement à base de matières premières végétales, la durée d'élevage qui ne doit pas être inférieure à 52 jours et une densité de poulet n’excédant pas 18 par m2, sont  produits dans l’année, par cet élevage.

Le premier étonnement des consommateurs a été le fait qu'une volaille bénéficiant d'un certificat de conformité pouvait être produite hors sol. "
Pour la première fois, nous étions nombreux à nous rendre compte que ces productions, au-delà même de la question de leur qualité, peuvent s’affranchir du lien avec la terre. Il y a fort à parier que cette première expérience de terrain dans un élevage intégralement hors sol, pour nombre d’entre nous, a commencé par ce choc", ont souligné les consommateurs-visiteurs de l'élevage cité.

Cette expérience a, toutefois, été jugée positive, car elle a permis "
d’évaluer ces modes de production et d’analyser les marges de manœuvre que peut avoir ce type d’éleveur. En particulier, nous avons pu noter la forte intégration, l’absence de lien au sol et évoquer la problématique de l’alimentation des animaux", soulignent les visiteurs.

Le premier constat, celui de l'intégration, qui lie l'éleveur à un donneur d'ordre, en l'occurrence le groupe Gastronome, qui fournit les poussins, l'aliment et rachète les poulets et les dindes à un prix fixé à l'avance, "ne va pas trop dans le sens de la transparence et de la responsabilisation, qui sont deux exigences des consommateurs", remarquent les visiteurs. La seule indépendance du producteur est l'investissement dans les bâtiments et l'assurance des risques.

L'absence de lien au sol et les densités de production interrogent les consommateurs. En ce qui concerne les densités de productions, les consommateurs ont "appris que même pour les poulets Label rouge, fermiers ou bio, les densités de production sont importantes. Certes, dans ces productions, les animaux peuvent sortir de leurs bâtiments, mais il n’en demeure pas moins que l’on peut trouver des poulets labellisés qui sont 17600 sur 1600 m²", notent-ils. 

Au sujet du traitement des effluents des animaux, Christophe Labour a déposé un plan d’épandage avec des agriculteurs voisins pour gérer le traitement des déjections de ses poulets et de ses dindes. "Si nous n’avons aucun doute de l’équilibre et de la viabilité de ce plan, nous nous interrogeons sur un système qui fait intervenir de nouvelles personnes et qui dilue la chaîne des responsabilités", soulignent les visiteurs, qui souhaiteraient que "lorsque l’on valide des plans d’épandage multi-sites et multi-exploitants, les responsabilités des uns et des autres soient liées".  

Enfin, l'alimentation des volailles pose la question des protéines végétales et par voie de conséquence, celle des OGM. "Les consommateurs ne sont pas forcément opposés aux aliments transgéniques, mais ils souhaitent que des études soient réalisées sur les conséquences de leur consommation par les hommes, et par les animaux d’élevage, car ce sont eux qui, pour l’instant, sont « gorgés » d’OGM. Il y a dans ce domaine une responsabilité majeure des pouvoirs publics et des fabricants d’aliments car, seuls, les producteurs ne peuvent assurer ni les analyses, ni les études épidémiologiques", indiquent les représentants des consommateurs en visite dans cet élevage.

Ayant constaté que les que "les productions hors sol, en volailles, offrent des marges de manœuvre limitées à l’éleveur et dépendent absolument de la qualité du cahier des charges sur lesquelles elles reposent", les visiteurs-consommateurs, reconnaissent que ce système a permis à un "jeune homme dynamique de trouver un équilibre économique tout en respectant à son niveau l’environnement… et cela est déjà très important". Néanmoins, ils poursuivent leur réflexion en se demandant pourquoi "on entend parler partout des conséquences désastreuses sur l’environnement et l’écosystème de ces productions. Donc, est-ce à dire que les autres producteurs de poulets ne font même pas ce que fait Christophe Labour ? Et alors, qu’attendent les pouvoirs publics pour assurer les contrôles sur ces établissements", concluent-ils.  

Du point de vue de l'éleveur, "grâce à ce système de production hors sol, souvent décrié,  j’ai pu créer mon propre emploi", précise-t-il, en soulignant qu'il a adhéré à FARRE dans l’intention d’ouvrir son élevage à ceux qui auraient la curiosité de venir s’informer sur la façon de produire des poulets de chair hors sol.

Christophe Labour, s'il exécute les ordres d'un groupement, revendique cependant une part active. "En ce qui me concerne, indique-t-il, je suis le délégué de la commission des éleveurs du groupe Gastronome Elevage. Une fois par trimestre, je rencontre les dirigeants du groupe auprès desquels je me fais le porte-parole de mes collègues. Nous parlons technique, économie mais également qualité et faisons part de nos attentes, de nos difficultés".

Tenu de respecter à la lettre un cahier des charges rigoureux, il travaille sous contrat, comme cela se fait dans un certain nombre de productions agricoles, mais "il ne faut pas croire que l’éleveur n’a pas son mot à dire", précise-t-il, tout en rappelant "que le Conseil d’Administration de Gastronome Elevage est composé exclusivement d’agriculteurs".

Quant à l'impact que ce type d’élevage a sur l’environnement, Christophe Labour a tenu à rappeler que la réglementation est très stricte en la matière : "Mon élevage est une installation classée soumise à autorisation, comme tout élevage de poulets ou de dindes, qu’ils soient « standard » ou « label », et qui compte plus de 20 000 volailles présentes en même temps sur l’exploitation". 

D'autre part, le plan d’épandage est soumis à une réglementation stricte, notamment, autorisation préfectorale après une étude pédologique et obligation de tenir un cahier d’épandage, réglementation qui s'impose également à ses voisins avec qui il a passé un contrat, échange de fumier pour fertiliser les terres contre de la paille. 

En ce qui concerne l'hygiène des bâtiments et des animaux, quelques règles très strictes sont respectées : un sas d’entrée et le port d'une tenue spéciale afin d’éviter l’introduction de germes pathogènes dans l’élevage, et un nettoyage et désinfection de fond en comble après chaque départ des poulets ou des dindes.

Enfin, tout ce travail n'aurait aucune valeur, si
Christophe Labour n'était pas fier de son produit. Il rappelle à ses visiteurs qui sont des consommateurs "que face aux besoins différents qu’ils expriment, nous (les éleveurs) nous efforçons de les satisfaire par des produits adaptés. Pour ma part, précise-t-il, le poulet standard certifié correspond à une demande précise. Je m’applique à élever ces poulets selon un cahier des charges strict dans lequel le souci de la sécurité alimentaire et de qualité sont omniprésents".

Par ailleurs, rappelant qu'il n’y a pas de gendarme derrière chaque agriculteur, " il est regrettable que l’irresponsabilité de certains, qui malheureusement peut être dommageable pour le milieu naturel, donne une si mauvaise image de notre métier".  


Toutefois, la meilleure récompense du travail bien fait, il la partage avec sa femme et ses amis en dégustant un poulet rôti issu de l'élevage. 

Source FARRE   
18 décembre 2000
Voir aussi
Visite d’un élevage porcin en Côtes-d’Armor, 
Visite d’une exploitation de grandes cultures dans l’Aude, 
Visite d’une exploitation fruitière dans le Maine-et-Loire 
Visite d'un élevage laitier dans le Nord