Visite d’une exploitation fruitière dans le Maine-et-Loire
Chez Bruno Dupont


Les agriculteurs ouvrent leur porte aux consommateurs, une initiative de FARRE et de l'Union des Consommateurs-Que Choisir. Lors de ces rencontres entre agriculteurs et consommateurs, Bruno Dupont a fait visiter son exploitation fruitière, dans le Maine-et-Loire. « Respecter l’environnement et la faune pour produire un fruit sain », telle est la devise de cet arboriculteur. Toutefois, produire un fruit sain ne suffit pas au bonheur des consommateurs, il leur faut aussi un produit qui présente des qualités organoleptiques. D'emblée, le point central de cette visite est donnée. Bruno Dupont a choisi des méthodes de production qui respectent la nature et les consommateurs se réjouissent d'apprendre que ce choix est assez partagé par la filière. Mais où est passé le goût des fruits?, interrogent les consommateurs.

L'exploitation fruitière de Bruno Dupont est située le long de la Loire, à quelques kilomètres de Saumur. Elle s'étend sur 27 ha de SAU, comprenant 23 ha de pommiers produisant Golden, Delbard, Jubilée, Gala et  Granny, ainsi que poiriers, William, Comice et Conférence. Ses fruits sont destinés principalement au marché français et à l'export, une petite partie est écoulée en vente directe.

Cet exploitant a délibérément choisi une démarche de production raisonnée. Fertilisation, traitements de protection, irrigation sont pratiqués au plus près des besoins et au moment le plus opportun. Ainsi, la fertilisation raisonnée évite les surdosages et limite la fuite des intrants, par lessivage des sols, vers les nappes phréatiques. En outre, le fumier de champignons, région oblige, constitue un bon apport de matière organique. 

En ce qui concerne les maladies et les prédateurs des pommiers et poiriers, la protection est double, défensive et offensive. Défensive, par des traitements phytosanitaires qui ne sont appliqués qu'en cas de nécessité et "au bon moment", grâce aux alertes d'une mini station météo
. Offensive, par la lutte biologique,  et la pratique de l'enherbement des allées, garant du maintien de l’humidité et réserve des ravageurs.

Enfin l'eau est, elle aussi, utilisée au plus juste. Un réseau de canalisations, équipé d'un compteur, parcourt les rangs de la plantation et distribue au "goutte-à-goutte" l'eau utile de préférence la nuit pour éviter l'évaporation.
 
Pour les consommateurs, ce souci de l'environnement qui s'inscrit dans une démarche de développement durable est apprécié et appréciable, d'autant, soulignent-ils, qu'il leur a été dit "qu'environ 80% des arboriculteurs travaillaient a priori de la même façon".

Néanmoins les préoccupations et exigences des consommateurs ne s'arrêtent pas à l'environnement. Produire dans de bonnes conditions n'est pas synonyme de production de qualité, d'où leur interrogation : "La fraise est rouge mais fade, la pêche dure comme du bois, la prune acide et la pomme insipide. A qui la faute ?"

Si les consommateurs considèrent que les sélectionneurs et les producteurs portent la plus grande part de la responsabilité, parce qu'ils ont, à leur avis, "privilégié des espèces qui se cultivent facilement, ne demandant pas trop de soins et apportant des rendements élevés", ils reconnaissent que " tous les maillons de la filière ont une part de responsabilité dans la qualité gustative des fruits : les sélectionneurs, les producteurs, les distributeurs, même les consommateurs qui choisissent des produits « tape-à-l’œil » et qui manipulent exagérément ces fruits avant de les acheter".  

Ils regrettent notamment la standardisation du goût des fruits, dont le meilleure illustration, "la reine des étals, la golden délicious, est née en laboratoire". Représentant entre 30 et 40 % de la production de pommes, elle est suivie de près par sa concurrente la granny smith, autre fruit artificiel, conçue pour les nostalgiques des pommes acides de leur enfance.  

Disparues les variétés plus goûteuses, mais trop délicates, telles la passe rose, la franc roseau ou la belle de Gascogne, regrettent les visiteurs-consommateurs.  Alors que l’on comptait 580 variétés de pommes en 1950, le catalogue officiel n’en dénombre plus qu’une trentaine diffusée à l’échelle nationale.  

Une autre responsabilité mise en évidence par les consommateurs, celle de l'aval de la filière "où les qualités du fruit sont plus liées à leur capacité à résister au transport, aux manipulations successives, aux chocs thermiques et aux « bennages » dans les gondoles des distributeurs, qu’aux teneurs en sucre, etc.".

Chacun sait que le client est roi, c'est ce que rappelle Christiane Lambert par la formule : "nous produirons ce que demande le consommateur". A quoi les visiteurs-consommateurs ont "envie de dire "chiche!". Mais, est-ce que tous les intervenants des filières sont capables, aussi, de répondre à cette exigence ?, ajoutent-ils. Car la demande croissante des consommateurs à l’égard de l’environnement n’a de sens que si parallèlement ses exigences en matière de diversité et de qualité des produits sont aussi reconnues.  

Pour sa part le producteur,
Bruno Dupont avoue être "resté un peu sur sa faim", au terme de cette rencontre, durant laquelle les questions de fond n'ont pas été approfondies, celles "relatives notamment aux variétés ou au goût".

A propos de la diversité des variétés, Bruno Dupont indique que "bon nombre de variétés anciennes ne sont pas disponibles en grande distribution mais on les trouve encore sur les marchés de village ou chez les fruitiers. Elles se retrouvent sur les points de ventes de proximité car ce sont des variétés liées au terroir qui répondent à une demande locale. On ne peut pas les produire en grande quantité". 

Quant à produire ce que demande le consommateur, c'est bien une des préoccupations de tout exploitant. "Un producteur de fruit doit être capable de vendre ses produits en France, certes, mais également à l’étranger. Pour ma part, l’export représente 50 % de mes débouchés. Je vends des pommes destinées aux marchés asiatique ou britannique par exemple. Or les exigences de ces consommateurs là sont différentes de celles des consommateurs français. J’essaie de faire pour le mieux mais ce n’est pas simple, a tenu à préciser Bruno Dupont.

Enfin en ce qui concerne la qualité des pommes, le producteur rappelle, études à l'appui, que "le premier critère de qualité qui va conditionner l’acte d’achat c’est la qualité esthétique du produit : la forme, la couleur, la brillance, l’absence de taches ou de coups", ce qui n'est pas une garantie de qualité. A ce niveau, la responsabilité du consommateur entre en jeu. Un autre enjeu, celui de la qualité gustative, tellement  subjectif, qu'il est difficile à satisfaire. Néanmoins cette qualité est en partie liée à la bonne maturité et à la saisonnalité des fruits. "Les consommateurs souhaitent trouver des pommes, des poires toute l’année, et bien nous nous adaptons. Nous privilégions des variétés à cycle long, c’est-à-dire dont la production va s’étaler dans le temps, comme c’est le cas de la golden par exemple qui présente un autre avantage, celui de pouvoir se conserver plusieurs mois. Mais, il est clair, qu’une golden consommée au mois de mars sera moins savoureuse qu’une golden cueillie proche de la maturité et consommée en octobre. Le fruit est un produit vivant, qui évolue dans le temps", indique Bruno Dupont.    

En conclusion le producteur assume ses devoirs de producteurs et le premier d'entre eux, "satisfaire les exigences des consommateurs", tout en estimant qu'en ce qui concerne le goût, "il y a peut-être là une éducation au goût dont il faut se préoccuper". En outre, "nous avons également de nombreuses contraintes d’ordre humain, économique, climatique qui font que très souvent nous faisons ce que nous pouvons mais pas toujours ce que nous voulons", souligne Bruno Dupont.

Source FARRE
18 décembre 2000
Voir aussi
Visite d’un élevage porcin en Côtes-d’Armor, 
Visite d’une exploitation de grandes cultures dans l’Aude,
Visite d’un élevage de poulets de chair en Loire-Atlantique 
Visite d'un élevage laitier dans le Nord