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Publié le 29/06/2011 à 10:20

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Filets anti-grêle

Pourquoi n’en voit-on pas plus dans le vignoble français ?

Malgré le fait que le filet para-grêle soit l'un des systèmes les plus fiable du marché pour protéger ses vignes de la grêle, très peu de viticulteurs y ont actuellement recours en France. Ce moyen de protection reste par contre très utilisé sur les vignes à raisin de table. Plusieurs raisons peuvent expliquer cet écart de pratiques.

La carte de France du risque grêle (© F Langellier)

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Même dans les régions les plus exposées au risque de grêle, le Sud-ouest et la Vallée du Rhône, et malgré leur très grande efficacité, les vignes à raisin de cuve françaises ne sont pas protégées par des filets para-grêle. A l'inverse, en arboriculture et plus spécifiquement sur les vignes à raisin de table, le recours à ce type de protection est fréquent. Dans la région de production de Moissac par exemple, « On ne conçoit pas la production de raisin de table sans protection anti-grêle, indique Daniel Lavigne, technicien expérimentation au Cefel du Tarn-et-Garonne, car c'est une zone où il y a une forte probabilité de grêle ; le risque y est trop important et les assurances sont aussi trop chères, peu de personnes s'assurent », poursuit le technicien. De plus, le recours éventuel à une assurance ne permettrait pas aux arboriculteurs ou aux viticulteurs d'écarter le risque d'une destruction de leur récolte, avec à la clé une perte potentielle de marchés.

Les vignerons ont aussi l'avantage de pouvoir « jouer » avec les rendements des autres parcelles

Une autre raison possible pour expliquer l'important développement de la protection anti-grêle sur ces vignes viendrait du fait qu'« aucune dégradation n'est permise sur le raisin, qui doit être parfait, alors que pour le raisin de cuve, on peut plus facilement tolérer un peu de grêle », selon François Langellier, agro-météorologue au Civc. Les vignerons ont aussi l'avantage de pouvoir « jouer » avec les rendements des autres parcelles de l'exploitation pour compenser une éventuelle perte sur une vigne.Concernant les dégâts liés à la grêle sur vignes à raisin de cuve en Champagne par exemple, l'agro-météorologue indique qu'ils ne seraient pas spécialement en recrudescence ces dernières années, malgré le réchauffement du climat : « Nous n'avons pas relevé depuis le début du réchauffement climatique, 1988/1990, d'augmentation du nombre d'épisodes de grêle ni des surfaces touchées en Champagne », précise celui-ci. Il semblerait que dans la plupart des régions, les dégâts occasionnés par la grêle sur le vignoble restent « trop peu » fréquents ou affectent de trop petites surfaces sur la totalité du vignoble de l'exploitation pour que les viticulteurs se posent la question de l'intérêt économique d'installer un filet para-grêle, le montant de l'investissement paraissant trop élevé voire pas finançable pour beaucoup. « Même dans les régions les plus touchées, les viticulteurs préfèrent payer une assurance tous les ans plutôt que de financer un gros investissement, constate Karim Cheikh, de la société Emis-France, fabricant de filets para-grêle. Il faudrait enchaîner trois ou quatre années de grêle pour qu'il y ait une remise en question et que les producteurs souhaitent se protéger ». Ces filets sont par ailleurs fréquemment utilisés dans le vignoble argentin, dans la région de Mendoza, pour le protéger des grêlons qui détruisent chaque année 20 % de la récolte.

Le coût imputé aux filets para-grêle pourrait s'avérer plus intéressant que la souscription d'une assurance tous les ans

Mais le coût imputé aux filets para-grêle, si l'on y regarde de plus près, pourrait s'avérer dans certains cas plus intéressant que la souscription d'une assurance tous les ans. François Langellier a effectué une simulation de calcul de coûts des différents systèmes de protection anti-grêle en Champagne, région qui n'est pas spécialement « à risque » et dans laquelle les viticulteurs n'ont, pour la plupart, quasiment pas recours à un système de protection, et très peu à l'assurance grêle. Son estimation montre que le coût de l'assurance, estimée à 2.600 €/ha/an pour une assurance multirisque, n'est pas rentable en comparaison du coût lié à une éventuelle perte de 100 % de sa récolte. Le filet mono-rang reste quant à lui un investissement plus rentable, coût estimé à 1.700 €/ha/an pour un filet mono-rang, mais le frein à son éventuelle installation dans le vignoble est d'ordre technique, car il entrave la pratique des opérations en vert. Enfin, l'un des autres freins identifiés au développement des filets para-grêle sur les vignes, est également d'ordre réglementaire. L'Inao considère que les filets para-grêle « modifient le terroir » des vins produits en Aoc, dans la mesure où ils ont une action sur le vent, la lumière, la pluviométrie, en recréant un climat sous le filet...Et ne sont donc pas autorisés sur ces vignes. Un contexte donc (pour le moment ?) plutôt défavorable au développement des filets para-grêle dans le vignoble français...

Pour les vignes d'écartement moyen ou étroit, les filets « monorang » ou « rang par rang » sont plus adaptés. Comme son nom l'indique, ce filet s'installe sur les côtés de chaque rang et à la verticale, recouvrant la végétation et les grappes. Mesurant 1 mètre de hauteur, ils sont posés une fois le risque de gel passé (fin avril/début mai) et la vigne palissée et accrochés grâce à des fils tendeurs aux chaque extrémités du rang, sur les poteaux de palissage. Des écarteurs permettent cependant de laisser un espace entre la végétation et le filet. « Quelque soit le mode de conduite de la vigne, l'installation sur une structure déjà en place est possible, en adaptant la pose du filet », précise Karim Cheikh, de la société Emis-France. - Avantages : simple à mettre en place, adapté aux vignes étroites et coût moindre; installation « assez rapide, de l'ordre de quelques heures par hectare », selon le technicien. Les traitements peuvent se faire au travers des mailles du filet, les mailles mesurant entre 3 et 5 mm de diamètre. - Inconvénients : problème pour la mécanisation du vignoble (passage de l'enjambeur si vignes étroites => plutôt adapté pour vignes avec écartement 2 mètres. Problème également si récolte mécanique). Les 4 ou 5 interventions manuelles nécessaires entre le printemps et jusqu'à la récolte imposent un relevage préalable, qui demande donc « un peu de temps supplémentaire ». - Son coût d'installation : entre 10.000 et 16.000 €/ha, en comptant la main d'œuvre. Durée de vie de l'ordre de 10 à 15 ans et des frais de fonctionnement de l'ordre de 300 €/ha/an.

TNC

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