Des acteurs du marché mondial du vin se sont interrogés lors du dernier Sitevi* sur la pérennité de « la hausse significative » des cours mondiaux du vin vrac et de l'opportunité pour les vins français, dont ceux provenant de la région Languedoc-Roussillon, de se positionner sur ce créneau. La récolte 2011 dans ce bassin ayant dépassé de 20 % celle de 2010, tandis qu'en Espagne et en Italie, les récoltes ont été peu abondantes, la question se pose donc d'autant plus.
250 millions d'hl exportés en 2010
Selon Claire Brun, courtière internationale chez « Murphy wine company », la France, le Languedoc-Roussillon compris, a « véritablement une carte à jouer pour tenir une place plus importante sur ce marché mondial du vrac ». Ce pays est en effet loin derrière les autres pays producteurs en terme de volumes. En 2010, alors que l'Espagne a exporté presque 900 millions d'hl de vin vrac et l'Italie 720, la France en a exporté « seulement » 250 millions d'hl soit la 5ème place mondiale. « Si la France a une place à prendre, c'est d'abord parce deux principaux marchés, les Etats-Unis et la Chine, sont très porteurs, explique celle-ci. En pleine croissance, ils consomment plus qu'ils ne produisent ». Les Etats-Unis d'abord, surnommés par la courtière « the big one », représentent un réel potentiel de développement, enregistrant une progression ininterrompue de sa consommation en vin depuis 17 ans. En 2010, celle-ci a encore augmenté de 25,6 millions d'hl. « Ce marché représente plus de 40 milliards de dollars par an ! », résume Claire Brun. Quant à celle de la Chine, elle est « encore petite » mais se profile tel « un géant à l'horizon ».
« Une tension palpable sur le marché »
Autre argument mis en avant par la courtière : le risque, d'ici cinq ans, de manquer de vin sur le marché mondial. En 2011, la production mondiale, estimée entre 264 et 275 millions hl, ne dépasse « plus que de » 13 à 40 millions d'hl la consommation mondiale, la disponibilité n'étant donc « plus que » de 13 à 40 millions hl. « Il y a actuellement une tension palpable sur le marché, rapporte la courtière. Celui-ci n'a jamais été aussi tendu et prometteur ! ». Compte-tenu des petites récoltes de l'Espagne et de l'Italie, les prix devraient de plus connaître une embellie. Un contexte donc plutôt favorable pour la production. Si la production vinicole française a une carte à jouer, c'est aussi parce qu'elle dispose également de nombreuses cartes en main à faire valoir : du point de vue volumes - en vins Igp ou sans IG - de la qualité des vins produits mais aussi des cépages plantés, avec la présence de quasiment tous les cépages internationaux – cabernet sauvignon, chardonnay, sauvignon, pinot noir, syrah, merlot... « Le style du vin est adapté au client et les producteurs disposent de toute la technicité nécessaire, précise Claire Brun : flash détente, micro-oxygénation, chipsage, etc. Toutes ces techniques sont françaises et pourtant ce sont les autres qui les utilisent le plus ! », poursuit celle-ci. « Avec la nouvelle catégorie des vins sans IG – qui permet une liberté dans les assemblages, une plus grande disponibilité des volumes et une souplesse dans la vinification - la France dispose d'un atout supplémentaire et d'une longueur d'avance pour être plus agressive et moins sur la défensive ».
« De l'entrée de gamme jusqu'au premium, tous les types de vins intéressent »
Pour être adapté et conforme aux attentes des clients, les principales caractéristiques demandées sont le « fruité, les vins ronds et faciles à boires ». « Ensuite, le style du vin est travaillé avec nos fournisseurs en fonction des clients », indique Claire Brun. Pour accéder à ce marché, il faudra également que les entreprises fassent preuve d'une professionnalisation plus importante dans les démarches exports : mise en place de standard de qualité (Iso, Ifs, Haccp), de plus en plus demandés par les clients, amélioration de la traçabilité, préparation des vins par la stabilisation au froid, ou encore gestion des procédures « Fob » (Free on board). « De l'entrée de gamme jusqu'au premium, tous les types de vins intéressent », poursuit celle-ci. Ceux provenant d'Espagne et d'Italie étant quant à eux plutôt positionnés sur l'entrée de gamme.
Mais les prix moyens mondiaux du marché vrac restant encore très bas, entre 0,5 et 2 US$/litre selon les pays, avec donc de faibles marges possibles à la clé, le vignoble (languedocien) devra se restructurer pour augmenter ses rendements et ainsi devenir suffisamment compétitif. A titre d'exemple, le Chili présente des rendements de 200 hectolitres / hectare.... « Les coûts de production constituent un facteur important de compétitivité, de même que la parité du taux de change de l'euro et le montant des droits de douanes des pays importateurs, variables selon le pays d'origine du vin », ajoute Alfredo Coelho, chercheur à l'Institut agronomique méditerranéen de Montpellier Supagro. « Attention également à l'impact négatif véhiculé par le vin vrac sur " l'image pays ", à l'instar du Chili et de l'Australie, deux exemples de pays avec des prix très faibles et dont l'image est atteinte », prévient ce dernier.
N.B : *Conférence organisée par Vinseo : « Vrac : hausse ou krach ? », lors du Sitevi 2011
AFP