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Publié le 09/08/2012 à 14:39

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Chez les saisonniers, chômeurs et retraités concurrencent les étudiants

Loin de l'image d'Epinal de l'étudiant qui vend des gaufres sur la plage ou ramasse des fruits pour financer ses vacances, chômeurs et retraités sont de plus en plus nombreux à rejoindre les bataillons de travailleurs saisonniers, symptôme d'une précarité grandissante.

On dénombrerait, selon les syndicats, entre 1,2 et 2 millions de saisonniers en France, majoritairement dans l'agriculture et l'hôtellerie-restauration, plus encore si on ajoute les emplois induits dans les zones touristiques (distribution, services...). « Depuis que le taux de chômage est très fort, on a vu apparaître des seniors, absents jusqu'ici, pour qui ces contrats temporaires tendent à devenir des emplois à part entière », observe Antoine Fatigat, responsable Cgt en Rhône-Alpes, première région recruteuse devant l'Aquitaine, où ce nouveau phénomène pose des problèmes en termes de logement, mais aussi de scolarisation pour les enfants de ces travailleurs itinérants.

« Les seniors connaissent mieux leurs droits mais ont davantage besoin d'argent, donc ils acceptent des conditions parfois indécentes », poursuit M.Fatigat, chargé des saisonniers depuis la fin des années 1970, citant le cas d'un couple malmené et sous-payé dans une supérette de Valloire (Savoie), « qui avait besoin de ce travail pour survivre ».

Notant un attentisme plus grand chez les hôteliers-restaurateurs, qui embauchent à la dernière minute en fonction de la météo et de l'affluence, Hervé Garnier, chargé du dossier à la Cfdt, relève que ces emplois deviennent du coup « moins attrayants pour les étudiants qui cherchent quelque chose d'acceptable dès le mois d'avril », mais intéressent « les salariés privés d'emploi, souvent en fin de droits ». « On sent désormais une concurrence entre les jeunes et les plus anciens, alors que c'est la précarité par excellence! », renchérit Sabine Génisson, qui a sillonné la France en juillet à la rencontre de ces travailleurs pour la Cgt.

Des retraités qui « cherchent n'importe quoi »

Confronté à un afflux de chômeurs (4,395 millions en juin en incluant ceux exerçant une activité réduite), Pôle emploi s'est engouffré dans la brèche. « Nous proposons aux seniors des emplois saisonniers pour leur permettre d'avoir des activités régulières », explique Frédéric Tacchino, directeur territorial délégué dans le Vaucluse. L'opérateur public cite ainsi l'exemple d'une chômeuse de 53 ans qui enchaîne des contrats de femmes de chambre ou de vendeuse, « des petits jobs qui redonnent confiance ».

Pour les vendanges, annoncées tardives cette année, « les seniors et jeunes retraités représenteront une majorité », prédit ainsi Jean-Yves Montange, conseiller Pôle emploi en Rhône-Alpes. « Il y a maintenant une frange importante de saisonniers fidèles, plus âgés.Ce sont des gens qui n'ont plus de travail permanent, ils tournent chez les exploitants et travaillent une grande partie de l'année », confirme Claude Aurias, président de la Chambre d'agriculture de la Drôme.

Son confrère Frédéric Bonnard, producteur de cerises dans le Rhône, a lui aussi recruté cet été seulement deux étudiants, contre trois personnes « venues sur leurs vacances » et six Polonais, les étrangers étant traditionnellement nombreux parmi les saisonniers agricoles. « C'est pas pour rigoler que ces gens viennent ramasser des fruits, c'est qu'ils ont besoin d'argent », souligne l'agriculteur.

Même constat sur le Bassin d'Arcachon. Jean-Marie Estève, membre de la CFDT de la Gironde, décrit ainsi des retraités qui « cherchent n'importe quoi: à ramasser des légumes, travailler dans les vendanges ou encore faire la vaisselle dans les restaurants »...

AFP

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