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Publié le 27/08/2012 à 08:34

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Gevrey-Chambertin

La grande crainte sur la « folie » du prix de la vigne

En Bourgogne, « le débat n'est pas que ce soit un Chinois » qui a acquis le château de Gevrey-Chambertin, lâche le vigneron Jean-Marie Fourrier, « mais il l'a payé le double du prix. Ca fait exploser la valeur des terres », et par ricochet les droits de succession.

En Bourgogne, l'inflation continue. (© TNC)

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La valeur officielle de « l'ouvrée » (1/24e d'hectare) de vigne est calculée en fonction des dernières transactions notariales, qui servent ensuite au calcul des droits de succession (33 % de la valeur). L'ouvrée était à 18.000 euros à Gevrey, mais l'acheteur du château, propriétaire de salles de jeux à Macao, a payé le double en mai. Du coup, beaucoup de vignerons bourguignons craignent de ne plus pouvoir transmettre leur patrimoine à leurs enfants.

« Un château mythique comme Gevrey aurait dû rester dans la famille »

Et l'inflation continue: près de Gevrey, le milliardaire français François Pinault a acquis en juin une ouvrée de Puligny-Montrachet, un grand cru certes, mais pour un million d'euros ! « A ce rythme, on va tous se retrouver imposés sur la fortune. Une folie ! C'est notre outil de travail. Et les jeunes qui veulent s'installer ? Que l'Etat fasse quelque chose », s'énerve un exploitant résumant l'opinion générale. « Quand mon grand-père a acheté des vignes en 1955, il a remboursé en un an. Aujourd'hui il faut des décennies », renchérit Jean-Marie Fourrier, qui exploite 10 hectares à Gevrey. « Il y a déjà des gens qui vendent un bout de leur domaine pour payer les droits de succession », abonde Margaret Bastien, propriétaire de 4 hectares bio sur la commune.

Au pied du mont Afrique, des localités aux noms alléchants se succèdent sur la plaine de la Côte-d'Or semée de vignes: Beaune, Nuits-Saint-Georges, Vosne-Romanée, Morey-Saint-Denis, Gevrey-Chambertin... Des bâtiments médiévaux surgissent régulièrement, tel le château de la discorde, achevé au XIIe siècle, aux pierres branlantes et aux toits moussus, qui « ne se visite plus », indique une pancarte. Rouvrira-t-il un jour, deviendra-t-il une résidence secondaire ? Personne ne le sait. « Une ruine », grince M. Fourrier, « il y en a pour des millions de travaux ».

Devant le tollé suscité par la vente du château - « le symbole de Gevrey », « notre patrimoine qui s'en va », grognent les habitants -, le principal investisseur, Louis Ng Chi Sing, associé à « un groupe d'amateurs » de Bourgogne asiatiques et européens, a voulu rassurer vendredi, expliquant s'inscrire dans la durée en faisant travailler des professionnels de la région (sur la bâtisse) et deux viticulteurs du village (sur les 2,3 hectares de vignes). « Epouvantable. Un château mythique comme Gevrey aurait dû rester dans la famille », râle Margaret Bastien.

« On fait de l'orfèvrerie, de la mécanique de précision »

Jean-Michel Guillon, président du syndicat viticole de Gevrey-Chambertin, a bien tenté de rassembler des investisseurs locaux pour acquérir la propriété, estimée au départ à 3,5 millions d'euros. Il a proposé 5 millions. « Mais le Chinois a proposé 8 millions », raconte-t-il. Il fustige les anciens propriétaires: « ils n'ont pensé qu'au pognon », « on leur en veut »... « J'aurais peut-être préféré que ce soit (un rachat) franco-français », admet le maire PS Jean-Claude Robert, mais l'investisseur va « mettre beaucoup d'argent pour la restauration ». Quant à la vente des vignes elles-mêmes, « ça fait longtemps que des Suisses, des Japonais et d'autres investissent ici », relativise M. Guillon. Les 1.850 vignerons du département restent confiants: les étrangers ne pourront jamais se passer de leur expertise. « On fait de l'orfèvrerie, de la mécanique de précision », résume-t-il.

AFP

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