Agrisalon.com, votre quotidien d'information agricole - Agriculture, céréales, élevage, météo, petites annonces

Accueil > permalien

Publié le 08/02/2013 à 12:07

imprimer

Difficultés d'implantation à l'automne

Faut-il remplacer les colzas et par quelle culture ?

Cette année, des surfaces importantes initialement prévues en colza vont devoir être remplacées par des cultures de printemps dans les régions Lorraine, Bourgogne, Berry et Poitou-Charentes. Les critères de choix sont nombreux : herbicides appliqués à l'automne, contexte pédoclimatique, existence d'un débouché, performance économique...

Compte tenu des difficultés d'implantation des colzas puis des blés cet automne, des cultures de remplacement de printemps, dont des protéagineux, vont devoir être implantées sur des surfaces significatives cette année dans les régions Lorraine, Bourgogne, Berry et Poitou-Charentes. Le choix des cultures de printemps possibles, en situation non irriguée, est potentiellement large. Mais avant d'opter pour l'une ou l'autre, il faut prendre en compte une série de critères techniques et économiques pour faire le meilleur choix. Ce choix doit être réfléchi le plus tôt possible pour s'assurer de la disponibilité en semences.

Une note technique réalisée par les instituts techniques concernés, Arvalis-Institut du végétal, le Cetiom et l'Unip, détaille les principaux critères techniques et économiques pour faire le meilleur choix.

Evaluer le potentiel des colzas à la sortie d'hiver

Le Cetiom propose une règle de décision pour répondre à la question de maintenir ou de retourner des colzas chétifs ou clairsemés. En sortie d'hiver et si les cultures de colzas "à risque" sont toujours en place, avant tout retournement abusif, la règle suivante peut être appliquée (cf. tableau 1), basée principalement sur la biomasse fraîche des plantes "en sortie d'hiver" et la densité. La prise en compte de facteurs supplémentaires aggravants peut dégrader la situation (hydromorphie, enherbement important, défaut d'enracinement, dégâts de ravageurs, peuplement hétérogène...).

Mathieu Killmayer d'Arvalis et Louis-Marie Allard du Cetiom précisent que « dans les situations les plus catastrophiques, la décision de remplacement a déjà été prise. Dans la majorité des cas, il convient d'attendre la sortie de l'hiver pour évaluer le potentiel du colza. La règle de décision proposée vaut aussi pour les conditions intra-parcellaires : inutile de laisser des surfaces en mauvais état à l'intérieur des parcelles car elles risquent de se salir rapidement au printemps et ont un potentiel de rendement très limité. »

Choix de la culture de remplacement en fonction des herbicides appliqués à l'automne et du contexte pédoclimatique

Une fois la décision du retournement prise, le choix de la culture de remplacement dépend d'abord des herbicides utilisés sur colza à l'automne (cf. tableau de recommandations). « Si plusieurs herbicides ont été utilisés, il faut suivre les recommandations du produit le plus limitant en termes de cultures possibles. » Le type de sol et le climat de la région interviennent également dans le choix de la culture de printemps alors que les conditions climatiques au cours de la période de semis pourront amener à revoir sa stratégie.

S'assurer du débouché local et des possibilités de collecte

La plupart des cultures ont des débouchés de masse et ne nécessitent pas de démarche commerciale spécifique : orge, tournesol, maïs, pois. Certaines cultures, parfois peu fréquentes pour la région, peuvent nécessiter une prise en charge particulière (logistique et/ou séchage) par l'organisme collecteur qu'il vaut mieux alors contacter en amont : sorgho, lin oléagineux, féverole, lupin, blé dur, blé améliorant de printemps, millet. D'autres enfin ne peuvent se faire que sous contrat et seulement dans certains secteurs : chanvre, vesce, semences...

Les instituts préviennent du cas particulier du colza de printemps. « Cette culture est a priori adaptée pour remplacer un colza d'hiver du point de vue du type de sol, des marchés, des effets précédents et du matériel, mais sa rentabilité est aléatoire (rendements souvent faibles) et nécessite un suivi fin de la protection contre les insectes. Sauf cas particulier dans le cadre de l'encadrement de la production dans un bassin de collecte, elle n'est pas conseillée. »

Côté matériel, le maïs et le tournesol nécessitent des équipements particuliers au semis (semoir monograine) et à la récolte (barre de coupe). La récolte du chanvre est généralement sous-traitée par l'industriel. Pour les autres cultures, aucun équipement spécifique n'est à prévoir.

Quelle performance économique en 2013 et sur la culture suivante en 2014 ?

L'évaluation de l'intérêt économique de la culture de remplacement doit se faire en fonction des marges prévisionnelles de chaque culture et des primes couplées pour les protéagineux (180 €/ha après abattements en 2012). Mais elle doit intégrer aussi les effets sur la culture suivante : par exemple, la marge d'un blé de pois sera en moyenne supérieure de 200 €/ha à celle d'un blé de blé ou d'orge. La plupart du temps, un blé était prévu après le colza et sera implanté à l'automne 2013, pour ne pas bouleverser l'assolement prévu en 2014. Dans ce cas, on peut distinguer trois groupes de précédents :

précédents favorables (effet précédent = + 6 à 10 q/ha en moyenne / blé de paille, charges d'azote et d'intrant réduits ; récolte précoce) : pois, féverole, lin ;

précédents intermédiaires (gains de rendement aléatoires, risque de récolte tardive) : tournesol, maïs, sorgho. Pour ces cultures, veiller au choix d'une précocité adaptée ;

orge et blé de printemps : récolte précoce, permettant une bonne implantation du blé, mais rendement moins élevé et charges généralement plus élevées qu'un blé de pois ou colza.

Plus rarement, c'est un colza qui sera implanté à l'automne prochain. Dans ce cas, les cultures à récolte tardive (tournesol, sorgho, maïs...) sont exclues, et le pois est le précédent le plus favorable. Enfin, des exigences réglementaires sont parfois à prendre en compte (engagements Mae par exemple) : voir avec votre conseiller les possibilités de dérogation.

Dates de semis optimales ?

Toutes les cultures nécessitent d'attendre que le sol soit bien ressuyé, en particulier le pois, sensible aux tassements du sol. Mais plus les périodes favorables tardent à venir, plus on perd en potentiel de rendement et plus le choix de cultures se restreint.

En conclusion, la prise en compte de l'ensemble de ces critères réduit les possiblités. L'orge de printemps, le tournesol, et dans les sols plus profonds le maïs, apparaissent le plus souvent comme une option possible, mais ne constituent pas des précédents aussi favorables que les protéagineux pour le blé suivant ; en outre, beaucoup d'orges ont déjà été implantées. Le pois de printemps pourra être adapté dans beaucoup d'exploitations mais il est limité par les contraintes de type de sol.

TNC

Haut de page