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Publié le 16/01/2014 à 15:02

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Conservatoires de vigne

Mais au fait, à quoi servent-ils ?

De multiples conservatoires régionaux de vignes implantés sur le territoire national permettent la sauvegarde d'un patrimoine génétique viticole exceptionnel, qui sinon, s’appauvrirait au fil du temps. Explications sur leur rôle et exemple concret avec le conservatoire géré par l’Ifv, en Val de Loire.

Les conservatoires de vigne servent de « réservoir » à partir desquels sont issues les futures nouvelles lignées de cépage. (©TNC)

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Le plus connu – mais aussi celui dont on a le plus entendu parler depuis quelques mois à cause de son probable déménagement – est celui du domaine de Vassal, appartenant à l'Inra et localisé entre Sète et Marseillan-Plage, dans l'Hérault. Celui-ci ne compte pas moins de 7.500 génotypes, collectionnés depuis 140 ans, représentatifs du patrimoine ampélographique de toutes les régions de France, mais également de variétés issues du monde entier... Soit 19 hectares « entièrement dédiés à la conservation, la caractérisation et la valorisation de la biodiversité de la vigne ».

L'Ifv possède quant à lui le Domaine de l'Espiguette, au Grau-du-Roi (Gard), permettant la conservation des 326 cépages inscrits au Catalogue officiel, ainsi que les 1.163 clones agréés. Mais il en existe aussi dans toutes les autres régions, qu'ils soient gérés par l'Inra ou par l'Ifv. Ainsi au total, il y aurait plus de 150 conservatoires, pour 110 cépages représentés par plus de 20.000 clones.

En Val de Loire par exemple, on dénombre 15 parcelles conservatoires distinctes, totalisant environ 1.900 lignées différentes. Sur chacune d'entre elles sont plantés entre une vingtaine et 300 clones différents d'un même cépage : Melon, Folle blanche, Sauvignon gris, Grolleau, etc. Ces conservatoires pouvant être enrichis lors de nouvelles campagnes de prospection et étant régulièrement contrôlés pour vérifier l'état sanitaire des souches conservées.

Le rôle des conservatoires

Mais à quoi servent-ils plus précisément ? Avant tout, les conservatoires permettent la sauvegarde du patrimoine génétique du matériel végétal : « Il s'agit de regrouper, conserver et maintenir la plus large diversité intra-variétale possible d'un cépage, explique Virginie Grondain, de l'Ifv. Ce travail exige un gros travail de recensement et de prospection dans les parcelles les plus anciennes susceptibles de renfermer une diversité importante ». Les parcelles prospectées qui intéressent les scientifiques étant les vieilles parcelles plantées avec des souches non clonales, présentant des formes et des couleurs de feuilles différentes des clones déjà existants, des différences de port, de rendements, des stades phénologiques à maturités décalées, avec une sensibilité au botrytis liée au niveau de compacité des grappes, ou encore sujettes à la coulure ou au millerandage,etc. Une grande hétérogénéité de comportement peut parfois être observée au sein d'un même cépage ; l'objectif d'un conservatoire étant de rassembler et d'étudier la diversité la plus étendue possible au sein d'une variété. « Lorsque l'ensemble des vieilles parcelles aura été arraché, ces conservatoires seront l'unique ressource pour de prochaines sélections clonales », justifie l'Ifv sur son site internet.

C'est ainsi qu'en Val de Loire, le suivi d'une parcelle du conservatoire de vieux cépages du Musée du Pallet a permis de retrouver une très ancienne variété extrêmement originale de Pinot noir dénommée "Berligout". « Des tests de valorisation technologique sont actuellement menés (Vat) au travers de deux parcelles expérimentales, le but étant de sélectionner un clone de cette antique variété », précise Virginie Grondain. Ces mêmes parcelles serviront également à évaluer les qualités technologiques du Melon Rouge, mutant spontané du Melon blanc, dans l'optique d'un classement de ce nouveau cépage au catalogue du Ctps en 2015. Pour le collectif* qui s'était opposé au déménagement du domaine de Vassal fin 2013, assurer la sauvegarde du patrimoine ampélographique français permet aussi, in fine, de satisfaire les amateurs de vin, « en demande croissante de diversité » : « Lassés par une standardisation, où 30 cépages représentent 70 % de la production mondiale, ils souhaitent découvrir des vins issus des cépages locaux, originaux et historiques », argumentent-ils.

Des "réservoirs" pour les futures lignées de cépage

« Mais au-delà de la préservation du patrimoine génétique des cépages, ces conservatoires représentent un intérêt stratégique pour les sélections futures », poursuit Virginie Grondain. Les conservatoires servent en effet de « réservoir » à partir desquels sont issues les futures nouvelles lignées de cépage, après un long processus de sélection agronomique, suivi d'un éventuel agrément. Les clones retenus devront en effet répondre à plusieurs critères, comme celui d'avoir un état sanitaire optimal, d'obéir à des objectifs de production, à des contraintes réglementaires, ou encore aux évolutions climatiques. « Cette sélection est indispensable pour s'adapter aux changements globaux, comme l'évolution des pratiques, de la réglementation ou du climat », résume l'ingénieur.

Pour répondre à ce dernier impératif du changement climatique, les chercheurs travaillent par exemple à la mise au point de clones à cycles végétatifs différents, afin d'obtenir une « gamme » de précocité étendue.

Les travaux conduits par l'Ifv en Val de Loire sur ce sujet ont permis l'agrément de six nouveaux clones de Melon, Folle blanche et Grolleau gris, depuis 2009. Les travaux de sélection actuellement en cours et menés en collaboration avec l'Inra portent sinon sur les cépages Chenin, Cabernet Franc – pour lesquels de nouveaux clones devraient être agréés en 2014 – ou encore Grolleau Noir. Autre exemple de mise en application, à Bordeaux : l'Inra a implanté en juin 2009 une parcelle expérimentale baptisée "Vitadapt", dans la perspective d'une modification éventuelle de l'encépagement dans la région. Unique au monde, on y cultive 52 cépages sélectionnés, tous greffés sur le même porte-greffe, qui seront suivis chaque année pendant au moins trente ans. L'objectif étant de pouvoir, à terme, caractériser les qualités œnologiques des cépages plantés.

N.B : * Collectif : Michel Grisard. Président du Centre d’Ampélographie Alpine Pierre Galet ; Olivier Poussier. Meilleur Sommelier du monde 2000 ; Nicolas Joly. Président de l’association Renaissance des Appellations ; Philippe Meyer. Président de la Rencontre des Cépages Modestes ; Eric Rominger et Jean-Michel Deiss. Président et dirigeant de l’association Vigne Vivantes d’Alsace ; Marc Parcé. Membre de l’association Seve et du Comité National de l'Inao ; André Mercier. Président des Vignerons Ardéchois ; Jean-Luc Etievent. Président du Conservatoire International des Cuisines Méditerranéennes ; Guy Kastler. Délégué général du Réseau des Semences Paysannes ; Claire Julien. Coordinatrice de la Fédération Nature & Progrès

TNC

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