La Commission Européenne veut supprimer le soutien à la luzerne déshydratée. Cependant, cette mesure qui coûte 118 millions d’euros à l’Europe (sur un budget agricole de 55,4 milliards d’euros, soit 0,2 %) est largement justifiée par les nombreux services que cette plante rend à l’environnement : c’est l’une des dernières sources de pollen pour les abeilles notamment dans l’est de la France, c’est la seule culture qui permet de protéger les captages d’eau potable, c’est la seule plante cultivée (avec le pois et la féverole) qui n’a pas besoin d’engrais car elle capte naturellement l’azote de l’air, c’est la plante la plus riche et de loin du point de vue de la biodiversité (préservation de la macro et micro faune) parmi les grandes cultures puisqu’elle est installée pour 4 à 5 ans.
Des qualités qui lui valent les soutiens appuyés de WWF France, la Fédération nationale de l’agriculture biologique , des syndicats d’apiculteurs (UNAF, SPMF).
Cette proposition de la Commission Européenne est en effet une aberration car: - C’est la plante cultivée la plus écologique ». Tous les agronomes s’accordent à dire aujourd’hui que nos systèmes cultivés sont trop gourmands en énergie et en ressources artificielles de fertilité. Les rotations sont trop courtes, les pressions parasitaires et de maladies trop fortes. Or, la luzerne qui fixe naturellement l’azote de l’air ne consomme pas d’engrais fossiles et même en fournit à la culture suivante ; installée pour 3 à 4 ans elle couvre le sol en permanence donc le protège naturellement et abrite des populations d’insectes qui sont des prédateurs naturels des parasites des autres cultures. Elle est de plus extrêmement sobre en intrants (1 herbicide par an, 1 insecticide tous les 3 ans en moyenne, pas de fongicide). Pour toutes ces raisons elle est aussi une alliée indispensable des agriculteurs bio**. C’est également la seule plante cultivée recommandée par les Agences de l’Eau pour protéger les zones de captage d’eau potable.
- C’est un allié vital des apiculteurs qui se disent incapables de produire du miel sans la luzerne, plante mellifère indispensable dans de nombreuses régions.
- C’est l’une des dernières sources européennes de protéines végétales dont nous sommes obligés d’importer 75% de nos besoins pour nourrir nos élevages. Son profil protéique exceptionnel lui vaut le mérite de figurer dans les cahiers des charges de la plupart des Appellations d’Origine Contrôlées type Roquefort ou Saint Nectaire. Aucun autre pays ne serait susceptible de fournir cet aliment à notre place ce qui contraindrait les éleveurs à importer d’autant plus de soja.
Le Grenelle de l’Environnement demande pourtant la création de pauses écologiques ou trames vertes. La luzerne en est l’archétype puisqu’elle remplit toutes les fonctions écologiques demandées tout en rémunérant en grande partie le producteur. Il serait donc pour le moins contradictoire de décider de la supprimer qui plus est sans aucune solution alternative durable.
La filière luzerne déshydratée, soutenue par l’ensemble des organisations professionnelles appelle à différer cette décision jusqu’en 2013.
Pourquoi la luzerne a t-elle encore besoin de soutien ? Parce qu’elle coûte plus chère à produire que du soja brésilien. Si l’aide spécifique disparait les agriculteurs l’abandonneront pour cultiver des céréales ou du colza beaucoup plus rémunérateurs.
Pourquoi faut-il continuer à l’aider ? Parce que les services qu’elle rend à l’environnement, à la biodiversité et à la qualité des eaux seraient irrémédiablement perdus et non remplacés. Le coût de la subvention de 343 euros/ha est plus que raisonnable si on le ramène aux bénéfices environnementaux.
Jusqu’à quand ? 2013, période à partir de laquelle le plan d’économie d’énergie et les recherches en nouveaux produits devraient permettre à la filière d’être compétitive.
Denis le chatelier chargé de mission Coop de France Déshydratation
www.luzernes.org
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